Cfet Le magazine des entrepreneurs
Marketing

Lead scoring : noter et prioriser ses prospects

Commercial analysant un tableau de bord CRM avec des scores de prospects

Votre équipe commerciale passe-t-elle autant de temps sur les prospects qui visitent votre site une fois que sur ceux qui ont regardé trois démos, téléchargé votre guide et participé à un webinaire ? Si la réponse est oui, le lead scoring peut changer la donne. Cette méthode consiste à attribuer des points à chaque prospect selon deux dimensions : qui il est (profil) et ce qu'il fait (comportement). Plus son score est élevé, plus il est prêt à acheter, et plus le commercial doit y consacrer du temps.

L'essentiel

Le lead scoring combine un score de profil (le prospect correspond-il à votre ICP : secteur, taille, rôle ?) et un score de comportement (niveau d'engagement : visites, téléchargements, emails ouverts, demandes de démo). Le score total définit la priorité commerciale. Un score seuil déclenche une action commerciale.

Les deux dimensions du score : profil et comportement

Le score de profil (ou scoring démographique) mesure dans quelle mesure le prospect correspond à votre client idéal. Chaque critère de l'ICP se traduit en points : +20 si le secteur correspond, +15 si la taille de l'entreprise est dans la cible, +10 si la fonction du contact est celle d'un décideur, +5 si la localisation géographique est dans votre zone de chalandise. On peut aussi attribuer des points négatifs : -15 si le secteur est hors cible, -10 si c'est un concurrent ou un étudiant.

Le score comportemental mesure l'engagement et l'intérêt actif du prospect. Chaque interaction est traduite en points : +10 pour une visite de la page tarifs, +8 pour le téléchargement d'un livre blanc, +15 pour une demande de démo, +5 pour l'ouverture d'un émail, +20 pour un clic sur un émail produit, +25 pour un second clic sur une page produit dans la même session. Les comportements récents valent plus que les anciens : appliquez un coefficient de décroissance sur les interactions de plus de 30 jours.

Définir les seuils et les règles de déclenchement

Une fois le score calculé, il faut définir ce qu'on en fait. La pratique courante consiste à définir des seuils : un score inférieur à 20 signifie que le prospect n'est pas encore qualifié (MQL froid), il reste en nurturing automatique. Entre 20 et 50, c'est un MQL chaud qui peut passer en revue commerciale. Au-dessus de 50, c'est un SQL (Sales Qualified Lead) qui doit être appelé sous 24 heures.

Ces seuils ne sont pas universels : ils doivent être calibrés sur votre propre historique de conversion. Regardez vos 20 derniers clients : quel était leur score à la date où ils ont signé ? Cette analyse rétroactive vous donnera des seuils bien plus pertinents que des chiffres arbitraires. Révisez les seuils tous les trimestres en fonction des résultats.

Outils et mise en place dans un CRM

La plupart des CRM modernes proposent des fonctionnalités de lead scoring, parfois incluses dans l'abonnement de base. HubSpot CRM (version gratuite) permet déjà un scoring basique. Salesforce, Pipedrive, Zoho CRM ont des modules de scoring plus avancés. Pour des PME qui ne veulent pas investir dans un CRM complet, un scoring manuel dans un tableur, mis à jour par le marketing après chaque interaction clé, est un bon point de départ.

L'intégration avec l'outil d'emailing ou de marketing automation (Mailchimp, Brevo, ActiveCampaign) permet d'enrichir le score comportemental automatiquement à chaque ouverture, clic ou téléchargement. La synchronisation entre l'outil marketing et le CRM commercial est le point technique le plus délicat, mais aussi le plus impactant pour que le scoring soit réellement utile en temps réel.

Simuler le score de votre prospect

Point de vigilance

Un score élevé n'est pas une garantie de conversion. Il indique une probabilité d'intérêt, pas une intention d'achat certaine. Des prospects avec un score très élevé peuvent être des curieux, des concurrents qui font de la veille, ou des étudiants en recherche. Le score doit déclencher une action commerciale (appel de qualification) et non une conversion directe.

Vos questions

Le lead scoring est-il utile si on n'a qu'un commercial ?

Oui, même avec un seul commercial, scorer ses prospects permet de prioriser son temps de façon rationnelle plutôt qu'instinctive. En pratique, un commercial qui rappelle en priorité ceux qui ont visité la page tarifs récemment a de bien meilleures chances de convertir que celui qui rappelle dans l'ordre d'arrivée des fiches. Le scoring simple (chaud/tiède/froid) peut même se faire manuellement.

Faut-il scorer les prospects entrants et les prospects chassés ?

Les deux. Pour les entrants (inbound), le scoring comportemental est particulièrement pertinent. Pour les prospects chassés (outbound), le scoring de profil est prioritaire. Dans une stratégie ABM, le scoring des comptes cibles est hybrid : on part du profil (ICP) et on enrichit avec le comportement des contacts de ces comptes au fur et à mesure de la progression de la relation.

Comment gérer le déclin du score au fil du temps ?

Un prospect très engagé il y a 6 mois mais qui n'a plus donné signe de vie ne doit pas rester au même score. La plupart des systèmes de scoring appliquent un mécanisme de dégradation : le score diminue progressivement si aucune nouvelle interaction n'est enregistrée. Un MQL froid qui était chaud il y a un an peut être réintégré en nurturing automatique.

Le lead scoring est le lien entre le marketing et les ventes. Il objectivise ce que les commerciaux ressentaient intuitivement (ce prospect est chaud, celui-là pas encore) et permet au marketing de calibrer ses efforts sur les signaux qui convertissent réellement. Pour une PME B2B, même un scoring simple en trois niveaux vaut mieux qu'aucun scoring. Commencez par définir 5 critères de profil et 3 comportements clés, et ajustez au fil du temps.

Le lead scoring, une fois opérationnel, doit lui-même être évalué et amélioré périodiquement. Comparez les scores assignés lors de la qualification avec les résultats de vente réels : est-ce que les leads avec un score supérieur à 50 convertissent vraiment mieux que ceux en dessous ? Si non, vos critères ou vos seuils sont mal calibrés. Ce retour d'expérience, fait trimestriellement en collaboration avec l'équipe commerciale, transforme le scoring d'un outil statique en un système d'apprentissage continu qui s'améliore avec chaque cycle de vente.

À lire aussi