STP marketing : segmenter, cibler et se positionner en PME
Toute stratégie marketing commence par une même question : pour qui ? Tenter de vendre à tout le monde, c'est généralement vendre à personne. La méthode STP (Segmentation, Targeting, Positioning) est le cadre fondamental qui répond à cette question en trois étapes logiques. D'abord, découper le marché en groupes homogènes (segmentation). Ensuite, choisir le ou les segments sur lesquels se concentrer (ciblage). Enfin, définir quelle place unique vous voulez occuper dans l'esprit de vos clients cibles (positionnement). Cette séquence, formalisée par Philip Kotler, s'applique aussi bien à une multinationale qu'à une PME de 20 personnes.
Le STP est un cadre en trois étapes : Segmentation (découper le marché en groupes homogènes), Targeting ou Ciblage (choisir le ou les segments à adresser), Positionnement (définir votre proposition de valeur unique pour ce segment). En PME, il vaut mieux être parfaitement positionné sur un segment étroit que médiocrement positionné sur un marché large.
La segmentation : découper le marché pour mieux le comprendre
Segmenter un marché consiste à identifier des groupes de clients suffisamment homogènes pour qu'une même offre puisse répondre à leurs besoins spécifiques. Les critères de segmentation sont multiples : démographiques (âge, sexe, revenu, taille d'entreprise en B2B), géographiques (région, zone urbaine/rurale, pays), comportementaux (fréquence d'achat, usage du produit, fidélité à la marque), psychographiques (valeurs, style de vie, personnalité) et, en B2B, firmagraphiques (secteur d'activité, chiffre d'affaires, nombre de salariés, processus d'achat).
Pour une PME, la segmentation n'a pas besoin d'une étude de marché formelle à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Une analyse approfondie de votre CRM (quels clients achètent quoi, avec quelle fréquence, pour quel panier moyen), des entretiens qualitatifs avec vos meilleurs clients et vos clients perdus, et une analyse de votre portefeuille de prospects non convertis vous donnent suffisamment de matière pour une segmentation opérationnelle. L'objectif n'est pas de produire un tableau sophistiqué : c'est de répondre à la question "quel groupe de clients me ressemble le plus et génère le plus de valeur pour moi ?"
Un bon segment doit vérifier quatre critères : être mesurable (vous devez pouvoir chiffrer sa taille approximative), être accessible (vous devez pouvoir atteindre ces clients via des canaux identifiables), être substantiel (assez grand pour justifier une stratégie spécifique) et être différencié (réagir différemment aux actions marketing que les autres segments). Un segment qui ne répond pas à ces quatre critères n'est pas un segment utile ; c'est soit trop petit, soit trop vague, soit inaccessible.
Le ciblage : choisir les batailles
Une fois les segments identifiés, il faut en choisir un ou plusieurs à adresser prioritairement. Ce choix est stratégique : vous n'avez pas les ressources d'adresser tous les segments avec la même intensité. Trois stratégies de ciblage existent. Le marketing indifférencié traite le marché comme un tout homogène : efficace pour les commodités, difficile pour les PME qui doivent se différencier. Le marketing différencié adresse plusieurs segments avec des offres spécifiques : plus coûteux mais potentiellement très efficace si les segments sont bien distincts. Le marketing concentré (ou de niche) consacre toutes les ressources à un seul segment : c'est souvent la stratégie la plus judicieuse pour une PME qui cherche à dominer une niche plutôt que d'être moyenne partout.
Le choix du segment cible doit prendre en compte votre attractivité (le segment est-il rentable, en croissance, accessible ?) et vos compétences distinctives (êtes-vous réellement mieux positionné que vos concurrents pour servir ce segment ?). Ces deux dimensions forment la grille de base de l'analyse stratégique. Un segment attractif que vous n'avez pas les moyens de servir mieux que vos concurrents n'est pas la bonne cible. Un segment que vous servez bien mais qui est en déclin ou trop petit n'est pas viable à long terme. La zone de sélection idéale est l'intersection des deux.
Évaluer l'attractivité de votre segment cible
Le positionnement : la place que vous voulez occuper
Le positionnement est la réponse à la question : "Dans l'esprit de votre client cible, quelle place voulez-vous occuper, par rapport à vos concurrents, sur la dimension de valeur qui compte le plus pour lui ?" Un bon positionnement est spécifique (pas "nous sommes la meilleure solution du marché"), crédible (vous devez être capable de le tenir dans la durée) et différencié (distinctif par rapport aux concurrents sur votre cible).
La formalisation la plus utilisée est la proposition de valeur unique (PUV ou USP), qui peut se formuler en une phrase : "Pour [segment cible], [nom de marque] est la [catégorie du produit/service] qui offre [principal bénéfice] parce que [raison differenciante]." Cette formule force la clarification. Si vous n'arrivez pas à la remplir de façon convaincante, c'est que votre positionnement n'est pas encore assez tranché.
Les deux erreurs les plus fréquentes de positionnement en PME sont le sous-positionnement (l'offre est trop large et trop vague pour être distincte dans l'esprit du client) et le positionnement confus (des messages contradictoires selon les canaux, les vendeurs ou les périodes). Un positionnement fort nécessite une discipline de communication maintenue dans la durée, ce qui est souvent l'enjeu le plus difficile pour des PME dont le discours commercial évolué au gré des opportunités.
Construire votre STP en six étapes
Vos questions
Peut-on changer de positionnement après plusieurs années ?
Oui, mais c'est une décision majeure qui ne doit pas être prise à la légère. Un repositionnement demande du temps (souvent deux à cinq ans pour que le nouveau positionnement soit assimilé par le marché), de l'investissement en communication et un risque de perdre des clients qui vous avaient choisi précisément pour votre positionnement initial. Le repositionnement se justifie quand votre marché cible est en déclin, quand votre différentiation est copiée par des concurrents ou quand vous avez identifié un segment plus attractif que vous pouvez servir mieux.
Le STP s'applique-t-il de la même façon en B2B et en B2C ?
Les principes sont les mêmes, mais les critères de segmentation et les déterminants du positionnement différent. En B2C, la dimension psychographique et les usages sont centraux. En B2B, les critères firmagraphiques (secteur, taille, maturité technologique, processus d'achat) et les enjeux de l'acheteur (réduction de coûts, gain d'efficacité, conformité réglementaire) dominent. Le positionnement B2B doit répondre à la question du ROI de l'acheteur : quel bénéfice mesurable ma solution lui apporte-t-elle par rapport aux alternatives ?
Comment savoir si mon positionnement est vraiment distinct de celui de mes concurrents ?
La meilleure méthode est de demander directement à vos clients cibles. Organisez des entretiens qualitatifs avec dix à quinze clients et prospects en leur demandant comment ils vous positionnent par rapport à vos concurrents. S'ils ont du mal à vous différencier, ou s'ils vous positionnent sur les mêmes axes que vos concurrents, votre positionnement n'est pas encore assez distinct. Une analyse des sites web, des argumentaires commerciaux et des témoignages clients de vos concurrents révélé aussi ce qu'ils revendiquent et où vous pouvez vous differencer.
La méthode STP n'est pas une formalité académique : c'est le fondement sur lequel repose la cohérence de toute votre stratégie commerciale et marketing. Une PME qui a clairement segmenté son marché, choisi ses batailles et défini un positionnement distinct et crédible sera toujours plus efficace qu'une entreprise qui essaie de plaire à tout le monde avec une offre générique. Faites le travail de STP une fois correctement, révisez-le tous les deux à trois ans, et construisez dessus.
Philip Kotler - Marketing Management, 16e édition, Pearson 2022
CMA - Conseil du Marketing et des Affaires : Benchmarks STP PME France 2024 : https://www.cma.fr
HBR - Segmentation beyond demographics (Harvard Business Review 2024) : https://hbr.org