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EPI : les équipements de sécurité obligatoires au travail

Quels sont les équipements professionnels indispensables pour la sécurité au travail ?

En bref : l'employeur fournit gratuitement les équipements de protection individuelle (EPI) adaptés aux risques du poste, en application de l'article R4321-4 du Code du travail, complété par l'article L4122-2 qui interdit de faire peser la moindre charge financière de sécurité sur le salarié. Chaque EPI doit porter le marquage CE et la norme EN correspondant au risque visé. L'Assurance maladie recense environ 600 000 accidents du travail avec arrêt par an au régime général, et l'EPI intervient toujours en dernier, après la suppression du risque et la protection collective.

Le Code du travail impose un ordre, et il ne se négocie pas. On supprime d'abord le risque à la source, on installe ensuite une protection collective, garde-corps, capotage, aspiration, et l'équipement individuel ne vient qu'en troisième position, pour ce qui reste. Un chantier qui distribue des harnais au lieu de poser des garde-corps applique la démarche à l'envers, et l'inspection du travail le relève comme tel. Le choix des EPI part donc du document unique d'évaluation des risques (DUERP), pas d'un catalogue.

Chaussures de sécurité : S1 à S7 depuis la révision 2021

La chaussure de sécurité est l'équipement le plus répandu. La norme EN ISO 20345 en fixe les classes, S1 pour l'embout résistant, l'antistatisme et l'absorption d'énergie au talon, S2 quand s'ajoute la résistance à l'eau de la tige, S3 quand s'ajoute la semelle anti-perforation, S4 et S5 pour les bottes. La révision publiée en 2021 a ajouté les classes S6 et S7, équivalents étanches de S2 et S3, et distingue désormais l'anti-perforation métallique, marquée P, de l'insert textile, marqué PL ou PS selon le diamètre du clou d'essai. Pour les travaux sur installations électriques, ce sont les chaussures isolantes de la norme EN 50321 qu'il faut demander.

Le choix se fait sur le risque dominant du poste, écrasement pour l'embout renforcé, perforation pour la semelle, glissance pour le coefficient de frottement, humidité pour la tige, chaleur pour la résistance thermique de la semelle. Une chaussure trop lourde ou mal ajustée devient un équipement que personne ne porte au bout de quatre heures, donc un équipement qui ne protège de rien. Faire essayer deux ou trois modèles par les futurs utilisateurs avant de commander le lot coûte une demi-journée et règle la question du non-port.

Tête et yeux

Le casque de protection relève de la norme EN 397 pour l'usage courant sur les chantiers, de l'EN 14052 pour les casques à hautes performances. Il s'impose partout où un objet peut tomber, où circulent des engins, et sur les chantiers de construction. Les modèles actuels acceptent des accessoires montés sur rail, visière, coquilles antibruit, lampe frontale, ce qui évite de multiplier les équipements séparés sur une même tête.

Les lunettes et écrans faciaux répondent à l'EN 166, qui couvre aussi bien les projections mécaniques que les liquides chimiques, la chaleur et le rayonnement. Le marquage porté sur la monture et sur l'oculaire indique ce que la protection encaisse, et ces classes ne sont pas interchangeables. Une visière prévue contre les projections de liquide n'arrête pas un éclat métallique lancé par une meuleuse. La correspondance entre le marquage de l'équipement et le risque décrit dans le DUERP est le seul contrôle qui vaille avant d'acheter.

EPIRisque couvertNorme EN de référenceQuand il devient obligatoire
Chaussures de sécurité S3Écrasement, perforation, glissanceEN ISO 20345Poste exposé identifié au DUERP
Casque de chantierChute d'objet, heurtEN 397BTP, industrie, circulation d'engins
Lunettes ou écran facialProjections, UV, laserEN 166Meulage, chimie, soudage
Gants de protectionCoupure, chaleur, produits chimiquesEN 388, EN 407, EN ISO 374Selon la nature du risque manipulé
Protection auditiveSurdité professionnelleEN 352Mise à disposition dès 80 dB(A) sur 8 h, port obligatoire à 85 dB(A)
Harnais antichuteChute de hauteurEN 361Dès qu'aucune protection collective n'est possible, sans seuil de hauteur

Deux lignes de ce tableau méritent une précision, parce qu'elles circulent souvent déformées. Pour le bruit, les articles R4434-7 et suivants distinguent deux seuils, la mise à disposition des protecteurs à partir de 80 décibels pondérés A sur huit heures, et le port effectif imposé à partir de 85. Pour la hauteur, le Code du travail ne fixe aucun seuil, contrairement à la règle des deux mètres que l'on entend encore sur les chantiers, elle a disparu du droit français en 2004. Le critère est le risque de chute, quel que soit le nombre de marches.

Protection respiratoire

Les atteintes respiratoires ne préviennent pas. Là où une coupure se voit le jour même, l'exposition aux poussières, aux vapeurs et aux aérosols produit ses effets sur dix ou trente ans, ce qui explique le retard chronique des entreprises sur ce poste. Les masques filtrants FFP relèvent de l'EN 149, le FFP2 couvrant les poussières fines et une partie des aérosols biologiques, le FFP3 les poussières les plus dangereuses, amiante et bois durs compris. Les appareils à ventilation assistée deviennent nécessaires quand l'exposition dure, peinture au pistolet, solvants, isocyanates.

Le marquage des cartouches se lit comme une correspondance stricte avec le produit manipulé, A pour les vapeurs organiques, B pour les gaz acides, K pour l'ammoniac, P pour les particules, avec un chiffre qui donne la capacité. Une cartouche A2 ne fait rien contre un gaz acide, et le porteur n'a aucun moyen de s'en apercevoir avant l'intoxication. La fiche de données de sécurité du produit chimique indique la classe à utiliser, c'est le document à ouvrir avant la commande.

Formation, vérification et traçabilité

Un équipement fourni mais mal mis ne protège pas. L'article R4323-104 du Code du travail impose une formation adéquate, avec un entraînement au port quand l'équipement le justifie. Elle couvre le réglage correct, les limites de la protection, les signes d'usure qui imposent le remplacement, l'entretien et le stockage. Les vérifications périodiques suivent, mensuelles pour les harnais et les systèmes antichute, hebdomadaires pour les appareils respiratoires, et elles se consignent.

La traçabilité est ce qui reste quand un accident survient. Un registre de remise, avec la date, l'équipement, le salarié et sa signature, et un émargement des formations sécurité, constituent le minimum. Ces deux documents sont exactement ce que demande l'inspection du travail lors d'un contrôle, et ce que le juge examine quand la faute inexcusable de l'employeur est invoquée après un accident.

Entretien et remplacement

Un gant percé, une chaussure dont la semelle se décolle, une lunette rayée au point de gêner la vision donnent l'apparence de la protection sans plus rien arrêter. Chaque famille d'équipement a besoin de critères écrits, date de mise en service, signes visuels d'usure, durée de vie maximale annoncée par le fabricant, et ces critères s'appliquent sans attendre la défaillance. Les filtres respiratoires portent une date de péremption qui court même sur un filtre neuf resté dans son emballage, le matériau filtrant vieillit indépendamment de l'usage.

Questions fréquentes sur les EPI

Qui paie les EPI dans une entreprise ?

L'employeur, intégralement. L'article R4321-4 du Code du travail lui impose de mettre gratuitement à disposition les équipements de protection individuelle nécessaires, et l'article L4122-2 précise que les mesures de santé et de sécurité n'entraînent aucune charge financière pour les travailleurs. Retenir une participation sur le salaire pour des chaussures de sécurité est illégal.

Peut-on utiliser des EPI achetés en grande surface de bricolage ?

Seulement s'ils portent le marquage CE et la norme EN correspondant au risque du poste. Un casque de vélo n'est pas un casque de chantier EN 397, un gant de jardinage n'est pas un gant anti-coupure EN 388. Le marquage doit figurer sur l'équipement lui-même ou sur son emballage, et la notice du fabricant précise les limites d'emploi.

À partir de quelle hauteur le harnais est-il obligatoire ?

Il n'existe plus de seuil de hauteur dans le Code du travail depuis 2004, la règle des deux mètres souvent citée n'a plus de valeur réglementaire. L'obligation naît du risque de chute lui-même, et la protection collective, garde-corps ou plateforme, passe avant le harnais. Le système individuel s'impose quand la protection collective est techniquement impossible.

Un salarié peut-il refuser de porter ses EPI ?

Non. L'article L4122-1 met à la charge du salarié l'obligation de prendre soin de sa sécurité et d'utiliser correctement les équipements fournis. Le refus persistant de porter un EPI obligatoire constitue un manquement disciplinaire, à condition que l'employeur ait de son côté fourni l'équipement, formé le salarié et rendu la consigne explicite.

Sources : Code du travail, articles L4122-1, L4122-2, R4321-4, R4323-104 et R4434-7 ; INRS, dossiers Équipements de protection individuelle ; Assurance maladie – risques professionnels, statistiques AT-MP ; normes EN ISO 20345:2021, EN 397, EN 166, EN 149, EN 352, EN 361

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