Seuil de rentabilité : calculer son point mort (simulateur)
Le seuil de rentabilité est le chiffre d'affaires à partir duquel une entreprise couvre toutes ses charges. En dessous, elle perd de l'argent, au-dessus elle en gagne. Il se calcule en divisant les charges fixes par le taux de marge sur coûts variables. Le point mort traduit ce seuil en date, le jour de l'année où l'équilibre est atteint. Le simulateur plus bas fait le calcul, et les exemples qui suivent montrent comment s'en servir pour fixer un prix, décider une embauche ou juger un projet.
Seuil de rentabilité = charges fixes divisées par le taux de marge sur coûts variables. Avec 70 000 euros de charges fixes et une marge sur coûts variables de 60 %, il faut 116 667 euros de chiffre d'affaires pour ne rien perdre. Point mort = seuil divisé par le chiffre d'affaires annuel, multiplié par 365. Si l'entreprise fait 200 000 euros par an, elle atteint l'équilibre au 213e jour, vers le 1er août. Tout ce qui est vendu ensuite dans l'année produit du bénéfice.
Charges fixes et charges variables
Le calcul repose sur le tri des charges en deux familles. Les charges fixes sont dues quel que soit le niveau d'activité, loyer, salaires de structure et cotisations, assurances, abonnements, honoraires du comptable, amortissements du matériel, rémunération du dirigeant. Les charges variables suivent les ventes, achats de marchandises et de matières, sous-traitance, commissions, frais de port, emballages. Certaines charges sont mixtes, l'électricité d'un atelier ou les frais bancaires par exemple, on les répartit au jugé ou on les classe en fixes par prudence.
Sur chaque vente, une partie du prix paie les charges variables qu'elle a causées. Le reste, la marge sur coûts variables, sert à absorber les charges fixes. Le seuil est atteint quand la somme des marges dégagées depuis le début de l'année égale les charges fixes. Chaque euro de marge encaissé ensuite est du résultat.
Un oubli fréquent fausse tout. Dans une entreprise individuelle, la rémunération que le dirigeant se verse et ses cotisations sociales ne sont pas des charges comptables, et le seuil calculé sans elles annonce un équilibre qui ne nourrit personne. Il faut les ajouter aux charges fixes, à hauteur de ce que le dirigeant veut réellement gagner.
La formule sur un exemple
Une boutique réalise 200 000 euros de ventes. Ses achats de marchandises, ses emballages et ses frais de port se montent à 80 000 euros. Sa marge sur coûts variables est donc de 120 000 euros, soit 60 % du chiffre d'affaires. Ses charges fixes, loyer, un salarié, assurances, comptable et rémunération de la gérante, atteignent 70 000 euros.
| Élément | Montant | Calcul |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 200 000 € | |
| Charges variables | 80 000 € | |
| Marge sur coûts variables | 120 000 € | 200 000 − 80 000 |
| Taux de marge sur coûts variables | 60 % | 120 000 / 200 000 |
| Charges fixes | 70 000 € | |
| Seuil de rentabilité | 116 667 € | 70 000 / 0,60 |
| Point mort | 213e jour | 116 667 / 200 000 × 365 |
| Résultat | 50 000 € | 120 000 − 70 000 |
| Marge de sécurité | 42 % | (200 000 − 116 667) / 200 000 |
La marge de sécurité, dernière ligne, dit de combien les ventes peuvent baisser avant que l'entreprise perde de l'argent. Ici, 42 %. Une entreprise dont la marge de sécurité est de 5 % vit sur le fil, une mauvaise saison la fait basculer.
Le même raisonnement se fait en unités quand l'entreprise vend un produit homogène. Un artisan qui vend une table 800 euros avec 320 euros de bois et de quincaillerie dégage 480 euros de marge par table. Avec 48 000 euros de charges fixes, il doit en vendre 100 dans l'année, soit deux par semaine. Ce chiffre parle plus qu'un montant de chiffre d'affaires.
Calculez votre seuil de rentabilité
Renseignez vos chiffres annuels en euros. Pensez à inclure votre propre rémunération dans les charges fixes si vous êtes en entreprise individuelle.
À quoi sert le seuil une fois calculé
Avant de se lancer, il teste le projet. Si le seuil exige un volume de ventes que le marché local ne peut pas fournir, un restaurant qui devrait servir 90 couverts par jour dans une rue qui en fait 40, le projet est à revoir avant la première dépense.
Pour décider une embauche, il chiffre l'effort à fournir. Un salarié à 35 000 euros chargés ajouté aux charges fixes de la boutique de l'exemple relève le seuil de 58 333 euros, à 175 000 euros. Il faut donc que l'embauche rapporte au moins cela de ventes supplémentaires pour ne pas dégrader le résultat, et davantage pour le justifier.
Pour fixer un prix, il montre le poids du taux de marge. Une remise de 10 % sur tous les prix de la boutique fait tomber le taux de marge de 60 à 55,6 % et relève le seuil à 126 000 euros. Comme chaque article rapporte moins, il faut en vendre 20 % de plus rien que pour retrouver l'équilibre. À l'inverse, une hausse de prix de 5 % acceptée par les clients porte le taux de marge à 61,9 % et abaisse le seuil à 113 000 euros.
Pour piloter le mois, il donne un repère simple. Si le seuil annuel est de 116 667 euros, les charges fixes sont couvertes à partir de 9 722 euros de ventes par mois. Un tableau de bord qui affiche les ventes du mois face à ce chiffre dit en un coup d'œil si le mois a payé les charges.
Le seuil raisonne en charges et en produits, pas en encaissements. Une entreprise au-dessus de son seuil peut manquer de trésorerie si ses clients paient à 60 jours et ses fournisseurs au comptant, ou si elle rembourse un emprunt dont seuls les intérêts sont une charge. Le seuil dit si l'activité est rentable, le plan de trésorerie dit si elle peut payer ses factures. Les deux se lisent ensemble.
Vos questions
Quelle différence entre seuil de rentabilité et point mort ?
Le seuil de rentabilité est un montant de chiffre d'affaires, celui qui couvre toutes les charges. Le point mort est sa traduction en temps, le jour de l'année où ce montant est atteint si l'activité est régulière. Une entreprise saisonnière calcule son point mort sur son calendrier réel de ventes plutôt que sur une moyenne journalière.
Une entreprise de services a-t-elle aussi un seuil de rentabilité ?
Oui, et il se calcule souvent en jours facturés. Un consultant avec 45 000 euros de charges fixes, rémunération comprise, et un tarif de 600 euros par jour, presque sans charges variables, doit facturer 75 jours dans l'année. Comme presque tout est fixe, chaque jour facturé au-delà est du bénéfice net, et chaque jour manquant une perte sèche, ce qui rend ces activités très sensibles au taux d'occupation.
À quelle fréquence recalculer son seuil de rentabilité ?
À chaque budget annuel, et à chaque décision qui change la structure des coûts, embauche, déménagement, nouveau tarif, investissement, changement de fournisseur. Entre deux, le seuil mensuel, charges fixes divisées par douze puis par le taux de marge, sert de repère dans le tableau de bord.
Le seuil de rentabilité est une simple division, et cette division condense l'économie d'une entreprise. Avec la trésorerie et la marge, c'est l'un des trois chiffres qu'un dirigeant a intérêt à connaître de tête.