Prime de partage de la valeur (PPV) : tout ce qu'il faut savoir
À retenir
- La prime de partage de la valeur (PPV) remplace depuis 2022 la prime de pouvoir d'achat (PEPA). Elle est reconduite chaque année par décret et exonérée de cotisations sociales dans la limite de 3 000 euros (6 000 euros sous conditions).
- Dans les entreprises de moins de 50 salariés, la prime est en outre exonérée d'impôt sur le revenu, de CSG et de CRDS pour les salariés rémunérés en dessous de trois fois le SMIC annuel. Ce régime court jusqu'au 31 décembre 2026.
- Deux primes peuvent être versées par année civile, dans la limite du même plafond global.
- La PPV peut être modulée selon plusieurs critères objectifs : niveau de rémunération, ancienneté, temps de travail, classification conventionnelle.
- La loi du 29 novembre 2023 a étendu et pérennisé le dispositif, avec de nouvelles possibilités d'abondement sur un plan d'épargne salariale.
Depuis sa création sous le nom de prime exceptionnelle de pouvoir d'achat (PEPA) en 2019, la prime de partage de la valeur a connu plusieurs évolutions législatives. La loi du 16 août 2022 sur le pouvoir d'achat lui a donné un cadre pérenne, et la loi du 29 novembre 2023 « partage de la valeur en entreprise » a encore élargi son champ. Pour les dirigeants de PME, c'est un outil de rémunération variable exonéré de cotisations sociales, à condition de respecter les règles du dispositif.
Qui peut verser la PPV et à qui ?
Toutes les entreprises peuvent verser la PPV, quelle que soit leur taille ou leur forme juridique, dès lors qu'elles emploient au moins un salarié. Les associations, fondations et groupements d'intérêt public y sont également éligibles. En revanche, les travailleurs indépendants sans salarié ne peuvent pas bénéficier de la prime à titre personnel (elle nécessite un lien employeur-salarié).
La prime peut être versée à l'ensemble des salariés liés par un contrat de travail à la date de versement, y compris les salariés en CDD, en contrat d'apprentissage ou de professionnalisation. Elle peut également être versée aux intérimaires mis à disposition, mais dans ce cas c'est l'entreprise utilisatrice qui doit en informer l'entreprise de travail temporaire, qui verse la prime à ses propres intérimaires. Les mandataires sociaux sans contrat de travail (gérant majoritaire de SARL non salarié, par exemple) ne sont pas éligibles.
La PPV est facultative. Contrairement à la participation (obligatoire au-delà d'un certain seuil), l'employeur décide librement de la verser ou non, et chaque année est indépendante. Il n'existe pas de droit acquis pour les salariés d'une année sur l'autre. Cependant, une pratique répétée peut créer une attente légitime et un usage, ce dont il faut tenir compte dans la communication.
Les plafonds d'exonération à connaître
L'exonération de cotisations sociales (patronales et salariales) s'applique dans la limite de 3 000 euros par bénéficiaire et par an. Ce plafond est porté à 6 000 euros pour les entreprises disposant d'un accord d'intéressement (ou d'un accord de participation volontaire pour les entreprises de moins de 50 salariés), ou appartenant à un groupe dont au moins une entité a mis en place un tel accord.
| Situation de l'entreprise | Plafond d'exonération annuel | Exonération IR salarié |
|---|---|---|
| Moins de 50 salariés, salarié sous 3 SMIC annuels | 3 000 €, ou 6 000 € avec intéressement ou participation | Exonérée d'impôt, de CSG et de CRDS jusqu'au 31 décembre 2026 |
| Moins de 50 salariés, salarié au-dessus de 3 SMIC annuels | Identique | Soumise à l'impôt, à la CSG et à la CRDS |
| 50 salariés et plus | Identique | Soumise à l'impôt, à la CSG et à la CRDS |
| 250 salariés et plus | Identique | Idem, plus le forfait social sur la part exonérée de cotisations |
Au-delà du plafond, les sommes versées rejoignent l'assiette des cotisations et se traitent comme un complément de salaire ordinaire. L'exonération de cotisations sociales, elle, vaut pour toutes les entreprises quelle que soit leur taille, c'est le socle du dispositif.
La différence entre les tailles porte ailleurs, sur la CSG, la CRDS et l'impôt sur le revenu. Le régime le plus favorable est réservé aux entreprises de moins de cinquante salariés et aux salariés dont la rémunération des douze mois précédents reste inférieure à trois fois le SMIC annuel. Ce régime a été prorogé pour les primes versées jusqu'au 31 décembre 2026, échéance à surveiller dans la construction d'une politique de rémunération à moyen terme.
L'obligation de partage de la valeur des entreprises de 11 à 49 salariés
La loi du 29 novembre 2023 a fait plus qu'aménager la prime, elle a créé une obligation nouvelle qui échappe encore à beaucoup de dirigeants. Depuis le 1er janvier 2025, et à titre expérimental pour cinq ans, les entreprises de onze à quarante-neuf salariés doivent mettre en place un dispositif de partage de la valeur lorsque deux conditions sont réunies.
- Un bénéfice net fiscal au moins égal à 1 % du chiffre d'affaires pendant trois exercices consécutifs.
- L'absence de dispositif de partage déjà en place dans l'entreprise.
L'employeur choisit entre quatre voies pour satisfaire l'obligation. Un accord de participation, un accord d'intéressement, un abondement sur un plan d'épargne salariale, ou le versement d'une prime de partage de la valeur. La dernière est de loin la plus simple à mettre en œuvre, ce qui explique qu'elle soit devenue le point d'entrée de la plupart des entreprises concernées.
Aucune sanction spécifique n'est prévue par le texte, mais l'absence de dispositif se constate en cas de contrôle et prive l'entreprise des exonérations attachées à ces mécanismes. La vérification se fait sur les liasses fiscales des trois derniers exercices, calcul qu'un expert-comptable établit en quelques minutes.
Les modalités de versement et de modulation
Une même année civile peut porter deux primes distinctes, chacune pouvant elle-même être fractionnée en versements trimestriels au maximum. Le plafond global de trois mille ou six mille euros s'apprécie sur l'année et par bénéficiaire, toutes primes confondues. Le versement doit faire l'objet soit d'un accord d'entreprise ou de groupe, soit d'une décision unilatérale de l'employeur (DUE) après consultation du CSE s'il en existe un.
La liste des critères de modulation est limitative, et c'est le point sur lequel les redressements portent le plus souvent. Seuls cinq critères sont admis, la rémunération, le niveau de classification, l'ancienneté dans l'entreprise, la durée de présence effective pendant l'année écoulée et la durée de travail prévue au contrat. Tout autre critère est irrégulier, à commencer par la performance individuelle, l'assiduité, ou l'appréciation du manager, quand bien même ils seraient écrits dans la décision. Un critère non prévu par le texte fait tomber l'exonération sur l'ensemble de la prime, pas seulement sur la part contestée.
Depuis la loi de novembre 2023, les salariés peuvent affecter tout ou partie de leur PPV sur un plan d'épargne entreprise (PEE) ou un PERCO/PERCOL. Dans ce cas, les sommes sont exonérées de CSG/CRDS (en plus des cotisations sociales), ce qui représente un gain supplémentaire pour le salarié qui préfère l'épargne au versement immédiat.
La formalisation : DUE ou accord collectif
Pour la décision unilatérale de l'employeur (DUE), aucune forme particulière n'est imposée, mais un document écrit est fortement recommandé. Il doit préciser : le montant de la prime (ou les modalités de calcul), le ou les critères de modulation retenus, les conditions d'éligibilité (tous salariés ou certaines catégories), la date ou les dates de versement.
Si l'entreprise dispose d'un CSE, il doit être informé (pas nécessairement consulté, sauf si les règles conventionnelles le prévoient) préalablement au versement. Cette information est à la fois une précaution sociale et un signal managérial, la démarche étant connue du CSE avant l'annonce aux équipes.
Questions fréquentes sur la prime de partage de la valeur
La PPV peut-elle remplacer une augmentation de salaire ?
Non. La loi interdit expressément que la PPV se substitue à un élément de rémunération prévu par un accord collectif, par le contrat de travail ou par un usage. Si vous accordiez des primes de fin d'année conventionnelles, vous ne pouvez pas les remplacer par une PPV. En revanche, elle peut compléter la rémunération sans se substituer aux éléments existants.
Comment calculer le montant de PPV qui maximise l'avantage pour les deux parties ?
L'écart vient de la suppression des cotisations aux deux bouts. Un complément de salaire de mille euros nets coûte à l'employeur de l'ordre de mille sept cents à mille huit cents euros une fois les cotisations patronales et salariales ajoutées. La même somme versée en prime de partage de la valeur, sous le plafond, coûte mille euros et arrive intégralement au salarié dans une entreprise de moins de cinquante salariés, pour un salarié sous trois SMIC. Au-delà de ces conditions, la CSG et la CRDS s'appliquent et réduisent le net perçu d'environ neuf pour cent, ce qui laisse encore un écart considérable avec la paie classique.
Que se passe-t-il si on verse la PPV sans respecter les formalités ?
Si la DUE ou l'accord n'a pas été établi avant le versement, ou si les critères de modulation ne sont pas objectifs et prédéfinis, l'administration fiscale et l'URSSAF peuvent requalifier la prime en complément de salaire soumis à cotisations. En cas de contrôle, c'est à l'employeur d'apporter la preuve que les conditions d'exonération étaient remplies.
Mon entreprise de trente salariés est-elle obligée de verser quelque chose ?
Peut-être, depuis le 1er janvier 2025. Les entreprises de onze à quarante-neuf salariés qui dégagent un bénéfice net fiscal d'au moins 1 % du chiffre d'affaires pendant trois exercices consécutifs doivent mettre en place un dispositif de partage de la valeur, au choix parmi la participation, l'intéressement, l'abondement sur un plan d'épargne ou la prime de partage de la valeur. Le calcul se vérifie sur les trois dernières liasses fiscales.
Urssaf - Prime de partage de la valeur, régime social, plafonds et conditions d'exonération : urssaf.fr
Légifrance - Loi n° 2023-1107 du 29 novembre 2023 portant transposition de l'accord national interprofessionnel relatif au partage de la valeur : legifrance.gouv.fr
Ministère du Travail - Obligation de partage de la valeur pour les entreprises de 11 à 49 salariés à compter du 1er janvier 2025 : travail-emploi.gouv.fr