Calculer sa capacité d'emprunt professionnel (simulateur)
La capacité d'emprunt d'une entreprise se calcule en trois temps. On part de la capacité d'autofinancement, la trésorerie que l'activité dégage chaque année. On en retire les remboursements déjà en cours et une marge de sécurité, ce qui donne l'annuité qu'un nouveau prêt peut absorber. Cette annuité, combinée à une durée et à un taux, donne le capital empruntable. Le simulateur plus bas fait le calcul, et les paragraphes qui suivent expliquent d'où viennent les seuils.
Une banque prête à une entreprise en fonction de ce qu'elle rembourse, pas de ce qu'elle possède. Le repère le plus utilisé veut que l'ensemble des annuités d'emprunt ne dépasse pas 50 à 60 % de la capacité d'autofinancement, et que les dettes financières restent inférieures à trois ou quatre années de CAF. Avec une CAF de 60 000 euros et 12 000 euros d'annuités en cours, une entreprise peut consacrer environ 2 000 euros par mois à un nouveau prêt, soit 146 000 euros sur sept ans à 4 %.
Partir de la capacité d'autofinancement
Pour un crédit immobilier de particulier, la banque raisonne en taux d'endettement sur le revenu. Pour un prêt professionnel, elle raisonne sur la capacité d'autofinancement, ou CAF. C'est le flux de trésorerie que l'activité génère sur un exercice, avant tout investissement et tout remboursement. Sur une liasse fiscale, on l'obtient en ajoutant au résultat net les dotations aux amortissements et aux provisions, puisque ces charges ne sortent pas de la caisse. Une entreprise qui affiche 30 000 euros de résultat net et 30 000 euros d'amortissements a une CAF de 60 000 euros.
La banque lit cette CAF sur les deux ou trois derniers bilans et regarde si elle est stable, en hausse ou erratique. Elle la compare ensuite à deux choses. Aux dettes financières existantes d'abord, avec un ratio dettes sur CAF qui exprime en années le temps nécessaire pour tout rembourser. Au-delà de trois à quatre ans, le dossier passe difficilement. Aux annuités ensuite, c'est-à-dire capital et intérêts remboursés chaque année sur l'ensemble des prêts. Les banques veulent que ces annuités n'absorbent pas plus de 50 à 60 % de la CAF, le reste servant les investissements courants, les prélèvements du dirigeant et les imprévus.
Pour une société, les dividendes et la rémunération du dirigeant s'analysent aussi. Une CAF de 60 000 euros dont le dirigeant retire 40 000 euros chaque année ne laisse pas 30 000 euros pour rembourser, et le banquier le verra.
De l'annuité soutenable au capital
Une fois l'annuité nouvelle connue, le capital empruntable découle de la formule des prêts à mensualités constantes. Pour une même mensualité, un prêt plus long permet d'emprunter davantage, mais coûte plus d'intérêts. Avec 2 000 euros par mois à 4 %, on emprunte 109 000 euros sur cinq ans, 146 000 euros sur sept ans et 198 000 euros sur dix ans. Sur dix ans, on aura remboursé 240 000 euros au total, dont 42 000 euros d'intérêts.
La durée ne se choisit pas seulement pour faire passer le dossier. Elle s'aligne sur la durée de vie du bien financé. Trois à cinq ans pour du matériel informatique ou un véhicule, cinq à sept ans pour une machine ou un aménagement, sept à quinze ans pour un fonds de commerce ou des murs. Un prêt plus long que la vie du bien financé revient à payer un équipement déjà remplacé.
Simulateur de capacité d'emprunt professionnel
À partir de votre CAF et de vos remboursements en cours. Si vous connaissez déjà la mensualité que vous voulez engager, renseignez-la dans le dernier champ, elle remplacera le calcul.
Apport, garanties et mise en concurrence
Les ratios ouvrent la discussion, ils ne la concluent pas. La banque finance un projet et une personne. Elle attend un prévisionnel qui montre comment l'investissement augmente la CAF future, des comptes à jour, et un apport. L'apport, généralement de 20 à 30 % du montant financé, n'est pas une obligation, mais son absence se paie en taux, en garanties, ou par un refus. Pour une création ou une reprise, un prêt d'honneur d'Initiative France ou du Réseau Entreprendre, à taux zéro et sans garantie, joue le rôle d'apport et déclenche souvent le prêt bancaire.
Les garanties comptent autant. Bpifrance peut garantir 40 à 70 % d'un prêt de création, de reprise ou de développement, ce qui réduit le risque de la banque et, souvent, la caution personnelle demandée au dirigeant. Cette caution reste la norme sur les petits prêts. Avant de signer, vérifiez son montant et sa durée, et négociez qu'elle soit plafonnée plutôt qu'illimitée.
Enfin, présentez le même dossier à deux ou trois banques. À projet égal, le taux, les frais de dossier, l'assurance et la souplesse en cas de difficulté varient d'un établissement à l'autre. Un courtier en financement professionnel peut s'en charger, rémunéré par une commission au déblocage des fonds.
Le simulateur donne un capital théorique. Il ignore l'assurance emprunteur, les frais de dossier et le coût des garanties, qui alourdissent la mensualité réelle de quelques pour cent. Il ne dit rien non plus de la décision de la banque, qui juge le projet dans son ensemble. Emprunter un peu moins que le maximum calculé laisse la réserve qui permet d'encaisser un mauvais trimestre sans renégocier.
Vos questions
Faut-il un apport pour un prêt professionnel ?
Aucune règle ne l'impose, mais les banques l'attendent, autour de 20 à 30 % du projet. L'apport prouve l'engagement du dirigeant et réduit le montant à risque. Sans apport, le financement reste possible sur certains projets, à des conditions moins bonnes et avec des garanties renforcées. Un prêt d'honneur peut tenir lieu d'apport.
Sur quelle durée emprunter pour du matériel ou un local ?
Sur la durée de vie du bien financé. Trois à cinq ans pour de l'informatique ou un véhicule, cinq à sept ans pour une machine, sept à quinze ans pour un fonds de commerce ou des murs. Une durée plus longue augmente le capital empruntable mais fait payer un bien déjà obsolète.
Mon entreprise est jeune, puis-je emprunter ?
Sans historique de comptes, la banque n'a pas de CAF à analyser et raisonne sur le prévisionnel, l'apport, l'expérience du dirigeant et les garanties. Les prêts d'honneur et la garantie Bpifrance création sont faits pour ce cas. Un premier bilan positif, même modeste, change ensuite la discussion.
Calculer sa capacité d'emprunt avant le rendez-vous évite deux écueils, le refus qui abîme la relation avec sa banque et le prêt accordé mais intenable. En partant de la CAF plutôt que du prix du bien convoité, vous arrivez avec un montant que le banquier reconnaîtra comme le sien.
Bpifrance, garanties de prêts bancaires pour la création, la reprise et le développement : bpifrance.fr
Banque de France, fiche « Capacité d'autofinancement » du glossaire des ratios d'entreprise : banque-france.fr
Initiative France, le prêt d'honneur : initiative-france.fr