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Rémunération des dirigeants : benchmark public, privé et ETI en France

Salle de conseil d'administration avec documentation financière et délibération sur la rémunération

La rémunération des dirigeants est l'un des sujets les plus sensibles du gouvernement d'entreprise. D'un côté, le débat public se focalise sur les packages des PDG du CAC 40, dont certains dépassent 10 millions d'euros par an. De l'autre, les dirigeants de PME et d'ETI cherchent un cadre de référence pour fixer leur propre rémunération de façon rationnelle et justifiable devant leurs actionnaires, leurs banquiers et leurs salariés. Le benchmark est une étape indispensable.

L'essentiel

La rémunération médiane d'un PDG du CAC 40 en 2024 était de 5 à 6 millions d'euros (salaire fixe + bonus + actions). Pour un dirigeant d'ETI (50 à 500 millions d'euros de ÇA), la rémunération totale se situe généralement entre 150 000 et 500 000 euros bruts annuels. Un dirigeant de PME (5 à 50 millions) se situe entre 80 000 et 200 000 euros selon le secteur et la rentabilité. Ces chiffres incluent tous les éléments de rémunération (fixe, variable, avantages en nature).

La rémunération dans les grands groupes : la référence et ses limites

En France, les sociétés cotées ont l'obligation de publier les éléments de rémunération de leurs mandataires sociaux dans le document de référence annuel (URD), conformément à la réglementation AMF et aux recommandations du Code Afep-Medef. Cette transparence permet de connaître avec précision les packages des PDG du CAC 40. En 2024, le PDG le mieux rémunéré du CAC 40 était dans l'industrie du luxe avec un package total supérieur à 60 millions d'euros (incluant l'exercice d'options et d'actions de performance). La médiane du CAC 40 se situait aux alentours de 5,5 millions d'euros.

Ces chiffres ne doivent pas servir de référence directe pour les PME et les ETI, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, les PDG du CAC 40 dirigent des entreprises qui emploient des centaines de milliers de personnes dans des dizaines de pays, avec une complexité de gestion radicalement différente d'une ETI. Deuxièmement, une large part de leur rémunération est en actions ou en options, ce qui aligne leurs intérêts avec les actionnaires mais créé une volatilité considérable d'une année à l'autre. Troisièmement, ces niveaux de rémunération reflètent un marché des talents directorial très compete à ce niveau, qui n'existe pas de la même façon pour les dirigeants de PME.

Benchmark ETI : les fourchettes réalistes

Pour les entreprises non cotées de taille intermédiaire (ETI : 250 à 5 000 salariés, de 50 à 1 500 millions d'euros de chiffre d'affaires), le benchmark est plus difficile à construire car il n'existe pas d'obligation de publication. Plusieurs sources permettent néanmoins de bâtir une référence : les enquêtes annuelles de l'ASMEP (association patronale des ETI), les baromètres de cabinets de chasseurs de têtes spécialisés (Korn Ferry, Spencer Stuart, Egon Zehnder), et les études du cabinet Willis Towers Watson.

Pour un directeur général d'ETI de 100 à 300 millions d'euros de ÇA, la rémunération totale se situe généralement entre 200 000 et 450 000 euros bruts annuels. Cette rémunération se décompose typiquement en un fixe annuel de 150 000 à 300 000 euros, un bonus annuel de 30 à 50 % du fixe selon les résultats, et des éléments de long terme (stock-options, BSPCE, LTIP) pour les dirigeants actionnaires ou quasi-actionnaires. Dans les groupes familiaux, le dirigeant fondateur peut se rémunérer différemment, en combinant un salaire modeste avec une rémunération en dividendes plus importante pour optimiser la fiscalité.

Profil dirigeantÇA de l'entrepriseRémunération totale estiméeStructure typique
DG d'ETI grande500M - 1,5Md euros400 000 - 800 000 eurosFixe + bonus + LTIP
DG d'ETI moyenne100 - 500M euros200 000 - 450 000 eurosFixe + bonus + actions
PDG de PME20 - 100M euros120 000 - 250 000 eurosFixe + bonus + dividendes
DG de PME5 - 20M euros80 000 - 160 000 eurosFixe + bonus variable
DG public (grande EPA)Budget > 1Md euros150 000 - 250 000 eurosSalaire indice + primes
PDG CAC 40 médianMulti-milliards euros5 - 8M eurosFixe + actions perf. + bonus

Construire une politique de rémunération directoriale en PME

Pour un conseil d'administration ou des actionnaires familiaux qui fixent la rémunération du dirigeant, plusieurs principes guident une approche rationnelle. Le premier est le marché de référence : qui pourrait prendre ce poste si le dirigeant actuel partait ? Combien coûterait ce remplaçant sur le marché ? C'est le coût de remplacement qui définit le juste prix du poste. Si votre dirigeant génère une valeur unique difficile à remplacer, la rémunération doit réfléchir cette rareté.

Le deuxième principe est l'alignement avec les résultats. La part variable du package directorial doit être suffisamment importante pour aligner les intérêts du dirigeant avec ceux des actionnaires, mais suffisamment juste pour ne pas créer de comportements court-termistes dangereux. Un bonus base uniquement sur le ÇA peut pousser à brûler les marges. Un bonus base uniquement sur le résultat net peut pousser à sacrifier les investissements de long terme. Un système bien calibre inclut plusieurs indicateurs : financiers (ÇA, EBITDA, trésorerie) mais aussi non financiers (NPS client, engagement des salariés, progrès sur les objectifs stratégiques).

Vos questions

Comment justifier sa rémunération en tant que dirigeant-actionnaire devant ses associes minoritaires ?

La meilleure justification est la transparence et le benchmark. Présentez à vos associes un benchmark de marché pour votre profil et votre taille d'entreprise, montrez que votre rémunération est dans la fourchette basse ou médiane de ce benchmark, et expliquez le ratio de votre rémunération sur la rémunération du salarié médian de l'entreprise. Ce dernier ratio est de plus en plus demande par les actionnaires institutionnels dans les grands groupes et c'est une bonne pratique à adopter même en PME.

La remuneation des dirigeants publics est-elle réellement inférieure au prive ?

Oui, significativement pour les postes directoriaux. Le plafond de rémunération dans la fonction publique (anciennement le traitement du Premier ministre, puis abaisse) est bien inférieur aux packages du privé. En contrepartie, les dirigeants du public bénéficient généralement d'une sécurité de l'emploi plus grande, d'une retraite plus favorable et de prestige institutionnel. La reforme de la haute fonction publique de 2021 a introduit plus de flexibilité dans les rémunération des dirigeants d'établissements publics, mais les écarts avec le secteur privé restent considérables.

Les stock-options et BSPCE sont-ils accessibles aux PME non cotées ?

Oui. Les BSPCE (Bons de Souscription de Parts de Créateur d'Entreprise) sont réserves aux start-ups et PME innovantes de moins de 15 ans sous certaines conditions. Ils permettent d'accorder aux salariés et dirigeants le droit d'acheter des actions à un prix fixe, avec une fiscalité très avantageuse. Les stock-options (options de souscription d'actions) sont disponibles pour toutes les sociétés par actions, y compris les SAS non cotées. Ces mécanismes de long terme permettent d'aligner les intérêts des dirigeants non actionnaires avec ceux des fondateurs.

La rémunération directoriale est un sujet de gouvernance sérieux qui mérite une approche rigoureuse : benchmark de marché, alignement avec les résultats, cohérence interne. Ce n'est ni la conversation qu'on évite, ni le sujet qu'on règle dans l'urgence lors d'un conseil d'administration expéditif. Prenez le temps de le traiter correctement, et révisez-le tous les deux ans avec les évolutions du marché et les performances de l'entreprise.

Sources

PROXINVEST - Rapport sur les rémunération des dirigeants CAC 40 2024 : https://www.proxinvest.fr

Korn Ferry - Benchmark rémunération dirigeants ETI France 2025 : https://www.kornferry.com

Willis Towers Watson - Exécutive Compensation Survey France 2025 : https://www.wtwco.com

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