PDG du CAC 40 et gouvernance : ce que les PME peuvent apprendre
Le debat sur la remuneration des PDG du CAC 40 revient chaque annee dans les medias avec la meme regularite : les chiffres publiés (5, 10, 15 millions d'euros pour certains packages totaux) provoquent des commentaires indignés ou des defenses passionnees selon les interlocuteurs. Ce qui interesse moins les medias mais est beaucoup plus utile pour les dirigeants de PME et d'ETI, c'est la structure de gouvernance qui encadre ces remunérations et les principes qu'elle incarne. Car la gouvernance d'entreprise n'est pas une affaire reservee aux grands groupes cotés.
Les grandes pratiques de gouvernance des entreprises cotées (Say on Pay, comite de remunération, separation PDG/President de conseil) peuvent etre adaptées aux PME et ETI. Elles permettent d'encadrer la decision de remuneration du dirigeant, de prevenir les conflits d'interet et d'accroitre la confiance des actionnaires minoritaires et des partenaires financiers. En France, les societes de plus de 250 salaries ont obligation de constituer un conseil d'administration ou de surveillance fonctionnel.
Le Say on Pay : donner aux actionnaires un droit de regard
Le Say on Pay est la pratique par laquelle les actionnaires d'une societe cotée votent, lors de l'Assemblee Generale Annuelle, sur la remuneration des dirigeants. En France, ce vote est obligatoire depuis la loi Sapin 2 de 2016, sous la forme d'un double vote : un vote ex ante (approbation de la politique de remuneration pour l'exercice suivant) et un vote ex post (approbation des remuneration versees lors de l'exercice precedent). Les assemblees generales du CAC 40 voient regulierement des taux d'opposition de 20 a 40 % sur les resolutions de remuneration les plus contestées.
Pour une PME familiale ou une ETI avec des actionnaires minoritaires, l'equivalent du Say on Pay est une politique de remuneration claire, soumise a l'approbation du conseil d'administration ou de surveillance (et non decidee unilateralement par le dirigeant-actionnaire majoritaire). Cette transparence renforce la confiance des actionnaires minoritaires, des fonds de private equity et des partenaires bancaires qui voient dans une gouvernance structurée un signal de maturite et de fiabilite de la direction.
Le comite de remuneration : un organe sous-utilise en PME
Dans les grandes entreprises cotées, le conseil d'administration dispose de comites specialises : comite d'audit, comite des risques, comite de nominations et remunérations. Le comite des remunérations est charge de proposer au conseil la politique de remunération du PDG et de verifier son application. Il est generalement compose d'administrateurs independants, sans lien d'emploi avec la societe, qui peuvent donc porter un regard exterieur et objectif sur la remuneration.
En PME, un comite de remunération formel est rare mais parfaitement faisable. Si votre societe a un conseil d'administration ou un conseil de surveillance, la constitution d'un sous-comite de deux ou trois membres (dont au moins un independant : un expert-comptable de confiance, un administrateur externe, un representant des fonds actionnaires) pour statuer sur la remunération du dirigeant renforce la credibilité de la decision. Pour les societes sans conseil, les statuts peuvent prevoir une clause soumettant la remuneration du gerant ou du president a l'approbation de l'assemblee des associes.
Pratiques de gouvernance adaptees aux PME et ETI
La separation PDG / Presidente du Conseil : une protection mutuelle
Dans les grands groupes francais, la loi permet deux structures : la societe anonyme a conseil d'administration avec PDG (qui cumule les fonctions de president et de directeur general), ou la SA a conseil d'administration avec separation des fonctions (un president du CA non executif et un directeur general). La separation est recommendee par les codes de gouvernance (Afep-Medef) mais n'est pas obligatoire. Environ un tiers des entreprises du CAC 40 ont opte pour la separation.
La logique de la separation est simple : le President du Conseil surveille le PDG et represente les interets des actionnaires, tandis que le PDG dirige l'entreprise au quotidien. Cette supervision croisee reduit le risque de derive (concentration excessive de pouvoir dans les mains d'un seul dirigeant) et facilite la gestion des crises ou des transitions de direction. Pour une ETI familiale ou une PME avec plusieurs actionnaires significatifs, la separation des fonctions est un mecanisme de protection mutuelle qui peut prevenir des conflits lorsque la strategie doit evoluer.
Vos questions
Une PME est-elle vraiment obligee de se doter d'un conseil d'administration fonctionnel ?
Les SAS (Societe par Actions Simplifiee) n'ont pas obligation de CA : leur gouvernance est tres flexible, definie par les statuts. Les SA (Societe Anonyme) doivent avoir un CA (entre 3 et 18 administrateurs) ou un Directoire et Conseil de Surveillance. En pratique, beaucoup de SA ont des CA formels mais peu actifs. Pour toute PME avec plusieurs actionnaires significatifs ou avec des partenaires financiers, un CA qui se reunit reellement (4 fois par an minimum), avec des ordres du jour structurés et des processes-verbaux formels, est un pilier de bonne gouvernance.
La loi Pacte a-t-elle change quelque chose pour la gouvernance des PME ?
La loi Pacte de 2019 a introduit plusieurs dispositions liees a la raison d'etre et a l'entreprise a mission, qui ne sont pas obligatoires mais optionnelles. Pour les PME, les changements les plus concrets ont ete : la suppression de l'obligation de commissaires aux comptes pour les plus petites societes (en dessous de certains seuils), la reforme des societes cooperatives et des SCOP, et la simplification de certaines procedures de consultation des associes. Sur la gouvernance stricto sensu, les changements pour les PME non cotees ont ete limites.
Les fonds de private equity imposent-ils leurs standards de gouvernance ?
Oui, generalement. Quand un fonds de PE prend une participation minoritaire ou majoritaire dans une ETI, il exige dans le pacte d'actionnaires des regles de gouvernance formelles : constitution d'un comite strategique ou d'un CA avec des representants du fonds, clauses d'information reguliere (reporting mensuel, acces aux comptes), clauses de decision conjointe sur les grands projets (investissements, acquisitions, changements de direction). Ces contraintes peuvent sembler lourdes pour un dirigeant fondateur habitue a l'autonomie, mais elles apportent aussi une discipline de gestion et une caisse de resonance qui aident a structurer la croissance.
La gouvernance n'est pas une contrainte reglementaire a subir mais un outil de management au service du dirigeant et de l'entreprise. Les PME et ETI qui se sont dotées d'une gouvernance serieuse, avant meme d'etre obligées de le faire, reportent regulierement que cette structure les aide a prendre de meilleures decisions, a mieux gerer les transitions de direction et a renforcer la confiance de leurs partenaires financiers. Commencez par les bases : un CA actif, une politique de remunération transparente, un ou deux administrateurs independants. La complexite peut venir ensuite.
AFEP-MEDEF - Code de gouvernement d'entreprise 2025 : https://www.afep.com
PROXINVEST - Rapport gouvernance et remuneration CAC 40 2024 : https://www.proxinvest.fr
Institut Francais des Administrateurs - Guide de gouvernance PME/ETI 2025 : https://www.ifa-asso.com