EBITDA : définition, calcul et différence avec l'EBE
Dès qu'un dirigeant discute avec un investisseur, un repreneur ou un banquier anglo-saxon, un mot revient, l'EBITDA. Prononcé "i-bit-da", cet indicateur est devenu la référence internationale pour mesurer la rentabilité d'une entreprise indépendamment de sa structure financière et de sa politique d'amortissement. En France, on utilise un cousin très proche, l'excédent brut d'exploitation. Les deux se ressemblent, mais les confondre peut fausser une valorisation.
EBITDA signifie Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation and Amortization, soit le résultat avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements. Il mesure la capacité de l'exploitation à générer du cash avant les choix de financement et d'amortissement. On le calcule soit en partant du résultat net et en y rajoutant impôts, charges financières et dotations, soit en partant du chiffre d'affaires et en retranchant les charges d'exploitation décaissables.
Pourquoi l'EBITDA s'est imposé
L'EBITDA neutralise trois choses qui varient d'une entreprise à l'autre sans refléter la performance opérationnelle. D'abord la politique de financement. Deux sociétés identiques, l'une endettée et l'autre non, ont des résultats nets différents à cause des intérêts, mais le même EBITDA. Ensuite la fiscalité, qui dépend du pays et du montage. Enfin les amortissements, qui traduisent des choix d'investissement passés et des durées comptables, pas la génération de cash de l'année.
C'est précisément pour cela que les fonds d'investissement raisonnent en multiples d'EBITDA lorsqu'ils valorisent une cible. Une PME peut se négocier 5 à 8 fois son EBITDA selon son secteur et sa croissance. L'indicateur sert aussi de base aux covenants bancaires, ces ratios que l'entreprise s'engage à respecter, comme un endettement net inférieur à trois fois l'EBITDA.
Cette popularité explique aussi pourquoi l'indicateur est parfois critiqué. En neutralisant les amortissements, l'EBITDA gomme le poids des investissements passés, ce qui peut flatter une entreprise très capitalistique qui doit pourtant renouveler régulièrement ses machines. Warren Buffett résume l'objection en demandant si les dirigeants croient que la petite souris paie les investissements. La remarque porte, un EBITDA élevé ne vaut que rapporté aux dépenses nécessaires pour le maintenir. Pour un commerce ou une activité de services peu gourmande en capital, l'EBITDA reflète assez bien la génération de cash. Pour une industrie lourde, il faut impérativement le compléter par une analyse des investissements récurrents, sous peine de surévaluer la performance réelle.
Calculateur d'EBITDA et de marge
Méthode additive à partir du résultat net.
EBITDA, EBIT, EBE, où se situe chacun
Les trois sigles se recouvrent partiellement. Les distinguer prend une ligne chacun.
| Indicateur | Ce qu'il retranche | Équivalent français |
|---|---|---|
| EBITDA | Ni intérêts, ni impôts, ni amortissements, ni provisions | Proche de l'excédent brut d'exploitation |
| EBIT | Amortissements et provisions déduits, intérêts et impôts non | Proche du résultat d'exploitation |
| Résultat net | Tout, y compris l'exceptionnel | Le bas du compte de résultat |
Le passage de l'un à l'autre se fait par soustractions successives. EBITDA moins les dotations donne l'EBIT, EBIT moins les charges financières et l'impôt donne le résultat net. Un dirigeant qui connaît ces trois nombres pour son entreprise peut suivre n'importe quelle discussion avec un investisseur.
EBITDA et EBE, où l'écart se creuse
On lit souvent que l'EBITDA égale l'EBE. C'est une bonne approximation mais pas une égalité stricte. L'excédent brut d'exploitation français se calcule à partir de la valeur ajoutée, moins les charges de personnel et les impôts et taxes, plus les subventions d'exploitation. Il s'arrête strictement au périmètre de l'exploitation. L'EBITDA, dans sa définition anglo-saxonne, part du résultat et peut intégrer certains produits et charges que le plan comptable français classe hors exploitation.
L'écart vient de ce que la reconstitution à partir du résultat net ramasse au passage des éléments que l'excédent brut d'exploitation laisse dehors. Le tableau ci-dessous liste ceux qui font la différence sur une PME ordinaire.
| Poste du compte de résultat | Compté dans l'EBE | Compté dans l'EBITDA reconstitué |
|---|---|---|
| Valeur ajoutée | Oui | Oui |
| Charges de personnel | Déduites | Déduites |
| Impôts et taxes hors impôt sur les sociétés | Déduits | Déduits |
| Subventions d'exploitation | Ajoutées | Ajoutées |
| Autres produits et autres charges d'exploitation | Non | Oui |
| Reprises sur provisions d'exploitation | Non | Oui |
| Résultat exceptionnel | Non | Oui, sauf retraitement explicite |
| Participation des salariés | Non | Oui, sauf retraitement explicite |
Sur une société sans exceptionnel ni participation, les deux nombres se rejoignent à quelques milliers d'euros près. Sur une société qui a vendu un immeuble ou soldé un litige dans l'année, l'écart devient considérable et la valorisation avec lui, puisqu'il est multiplié par le coefficient sectoriel.
Le réflexe utile se résume à une question posée à son interlocuteur, êtes-vous parti de l'excédent brut d'exploitation ou du résultat net. Un vendeur a intérêt à la seconde méthode quand l'exercice comporte un produit exceptionnel, un acheteur à la première.
Pour la conversation courante, retenez que l'excédent brut d'exploitation est la version normée du plan comptable, lisible directement sur la liasse fiscale, et l'EBITDA la version de marché, reconstruite pour la négociation.
Vos questions
L'EBITDA mesure-t-il vraiment le cash généré ?
Pas exactement. L'EBITDA ignore les variations du besoin en fonds de roulement et les investissements, qui consomment du cash bien réel. Une entreprise peut afficher un bon EBITDA et manquer de trésorerie si ses clients paient tard ou si elle investit lourdement. C'est pourquoi les financiers complètent l'EBITDA par le flux de trésorerie disponible, qui déduit les investissements et la variation du fonds de roulement.
Faut-il piloter son entreprise avec l'EBITDA ou l'EBE ?
Pour le pilotage interne courant, l'EBE issu de votre liasse fiscale suffit et parle à votre expert-comptable. L'EBITDA devient indispensable dès que vous entrez dans une logique de valorisation, de levée de fonds, de cession ou de financement structuré, car c'est le langage commun des investisseurs. Dans les deux cas, l'important est de suivre l'indicateur dans le temps et de comparer sa marge à celle de votre secteur.
Un EBITDA négatif est-il rédhibitoire ?
Un EBITDA négatif signifie que l'exploitation ne couvre pas ses charges courantes décaissables, avant même de payer les intérêts et d'amortir. Pour une entreprise mature, c'est un signal d'alerte sérieux. Pour une jeune pousse en phase d'acquisition de clients, un EBITDA temporairement négatif peut être assumé s'il existe une trajectoire crédible vers l'équilibre. Ce qui compte alors, c'est la vitesse de progression vers un EBITDA positif.
L'EBITDA ajusté et ses limites
Dans une cession, personne ne discute l'EBITDA brut. On négocie l'EBITDA ajusté, retraité des éléments qu'un repreneur ne reproduirait pas. L'exercice est légitime dans son principe et redoutable dans sa pratique, chaque euro retraité étant ensuite multiplié par le coefficient sectoriel.
Les retraitements les plus courants portent sur la rémunération du dirigeant lorsqu'elle s'écarte du prix de marché du poste, sur un loyer versé à une société civile détenue par le même dirigeant, sur les frais d'un litige non récurrent, sur les charges liées à un projet abandonné, et sur les produits d'une opération unique comme une cession d'actif.
L'usage est encadré par deux règles. Chaque ajustement se documente par une pièce et se chiffre séparément, jamais en bloc. Et un retraitement qui augmente l'EBITDA appelle son symétrique, un dirigeant sous-rémunéré coûte au repreneur le salaire d'un directeur à embaucher, ce qui diminue l'EBITDA ajusté au lieu de l'augmenter. C'est le point que les vendeurs oublient le plus volontiers.
Cette part de construction explique le temps passé sur l'EBITDA dans un audit d'acquisition. L'indicateur n'est pas une donnée comptable normée, c'est une position de négociation.
Reste à savoir à quoi comparer sa marge. La Banque de France publie sur son portail de données des ratios sectoriels issus de la base FIBEN, par activité et par taille d'entreprise, et les comptes annuels déposés par vos concurrents directs se consultent gratuitement sur le portail de l'INPI. Trois concurrents lus dans le détail valent mieux qu'une moyenne nationale qui mélange des modèles économiques différents.
Calculez votre EBITDA une fois par an à la clôture, suivez sa marge et comparez-la à votre secteur. Le jour où un repreneur ou un banquier vous en parlera, vous aurez déjà le chiffre en tête et la méthode qui va avec.
Autorité des normes comptables - Plan comptable général, soldes intermédiaires de gestion : anc.gouv.fr
Banque de France - Ratios sectoriels issus de la base FIBEN, par activité et taille d'entreprise : webstat.banque-france.fr
INPI - Registre national des entreprises, consultation gratuite des comptes annuels déposés : data.inpi.fr