Stockage cloud : comparatif des meilleures solutions et comment choisir
L'essentiel en bref
- Le choix d'un cloud dépend de trois critères : espace, sécurité et fonctionnalités collaboratives.
- Pour la collaboration : Google Drive, OneDrive, Dropbox. Pour la confidentialité : Proton Drive, pCloud, MEGA.
- Distinction clé : les clouds zero-knowledge chiffrent vos fichiers sans pouvoir y accéder ; les clouds classiques détiennent les clés.
- Les acteurs américains relèvent du Cloud Act, quelle que soit la localisation des serveurs. Les acteurs suisses et européens y échappent.
- Synchroniser n'est pas sauvegarder. Une suppression ou un rançongiciel se propage au cloud en quelques secondes.
- En entreprise, le prix se compte par utilisateur chez les uns, par compte chez les autres. C'est ce qui fait l'écart de facture, pas le téraoctet.
Conserver ses photos, sauvegarder les documents de son entreprise, travailler à plusieurs sur un même fichier, le stockage cloud répond à tous ces besoins. Les offres se ressemblent sur la fiche produit et divergent sur trois points que personne ne regarde avant de signer, le mode de facturation, le droit applicable aux données et la profondeur de l'historique des versions.
Les critères qui comptent vraiment
- L'espace gratuit : utile pour tester avant de payer.
- La sécurité : chiffrement, authentification renforcée, localisation des données.
- La collaboration : édition partagée, gestion des droits, liens temporaires.
- Le prix : coût des offres payantes une fois l'espace gratuit dépassé.
- L'écosystème : intégration avec vos outils du quotidien (bureautique, photos).
Comparatif des principales solutions
Les offres gratuites évoluent régulièrement ; les volumes ci-dessous sont donnés à titre indicatif et à vérifier au moment de votre choix.
| Service | Stockage gratuit | Point fort | Localisation |
|---|---|---|---|
| Google Drive | 15 Go | Intégration bureautique et Photos | États-Unis |
| OneDrive | 5 Go | Intégration Microsoft 365 | États-Unis |
| Dropbox | 2 Go | Synchronisation et partage fiables | États-Unis |
| iCloud | 5 Go | Écosystème Apple | États-Unis |
| MEGA | jusqu'à 20 Go | Offre gratuite généreuse, zero-knowledge | Nouvelle-Zélande |
| pCloud | jusqu'à 10 Go | Chiffrement en option, achat à vie | Suisse |
| Proton Drive | 2 à 5 Go | Chiffrement bout en bout | Suisse |
| Infomaniak kDrive | Essai limité | Suite collaborative complète, données en Suisse | Suisse |
| OVHcloud | Aucun | Offres professionnelles, certaines qualifiées SecNumCloud | France |
Trois familles de services
Les clouds orientés collaboration
Google Drive, OneDrive et Dropbox dominent l'usage professionnel courant. Leur force est l'édition simultanée de documents, la gestion fine des accès, les liens de partage et l'intégration aux suites bureautiques. Ils conviennent aux équipes qui travaillent à plusieurs sur des fichiers et privilégient la fluidité à la confidentialité maximale.
Les clouds axés confidentialité
Proton Drive, pCloud, Tresorit ou MEGA misent sur la protection des données. Leur architecture zero-knowledge fait que vous seul détenez la clé de déchiffrement. Ni un pirate, ni le personnel du fournisseur ne peuvent lire vos fichiers. C'est le choix indiqué pour des données sensibles.
Les clouds à grand volume
Pour les professionnels et créateurs de contenu aux gros besoins, certaines formules premium offrent plusieurs téraoctets, des sauvegardes automatiques, la reprise après incident et un support dédié. Le coût récurrent se justifie par la capacité et la fiabilité.
Les services américains (Google, Microsoft, Dropbox, Apple) sont soumis au Cloud Act, une loi qui permet aux autorités américaines de réclamer l'accès aux données, où que soient les serveurs. Les fournisseurs basés hors des États-Unis (pCloud, Proton Drive, Tresorit en Suisse) y échappent. Si la confidentialité est votre priorité, privilégiez un cloud zero-knowledge hébergé en Europe.
Synchroniser n'est pas sauvegarder
C'est la confusion qui coûte le plus cher aux petites entreprises. Un dossier synchronisé reflète l'état du poste de travail. Si un fichier est supprimé, écrasé ou chiffré par un rançongiciel, la modification remonte au cloud en quelques secondes et se propage à tous les appareils connectés. Le cloud n'a rien protégé, il a répliqué le sinistre.
La protection réelle vient de l'historique des versions et de la corbeille, dont la profondeur varie beaucoup d'un service à l'autre. Trente jours sur une offre grand public, souvent un an sur une offre professionnelle. Au-delà de cette fenêtre, un fichier corrompu est définitivement perdu. Cette durée est le premier chiffre à vérifier sur une offre, avant le volume.
La règle dite du trois, deux, un reste la référence. Trois copies des données, sur deux supports de nature différente, dont une hors site. Un cloud synchronisé compte pour une copie, pas pour deux. Une sauvegarde distincte, hors du dossier synchronisé et idéalement chez un autre fournisseur, complète le dispositif.
Une fois par an, prenez un fichier au hasard modifié six mois plus tôt et essayez d'en restaurer une version antérieure. L'opération prend dix minutes et révèle immédiatement si l'historique couvre la période annoncée, si la restauration est réservée à l'administrateur, et si la manipulation est réalisable sous pression. Une sauvegarde jamais restaurée n'est pas une sauvegarde.
Pourquoi passer au cloud plutôt qu'au disque dur
- Sauvegarde automatique contre la perte ou la panne matérielle.
- Accès multiplateforme depuis ordinateur, smartphone ou tablette.
- Partage simplifié, même avec des personnes non inscrites.
- Versions centralisées qui évitent les doublons et erreurs de fichier.
- Travail collaboratif en temps réel.
Localisation des données et obligations RGPD
Dès que les fichiers contiennent des données personnelles, clients, salariés, prospects, le fournisseur de cloud devient un sous-traitant au sens du règlement européen. L'article 28 impose alors un contrat écrit qui fixe l'objet du traitement, la durée, les mesures de sécurité et le sort des données à la fin du contrat. Les grands fournisseurs publient ce document, souvent appelé accord de traitement des données, encore faut-il l'avoir accepté et savoir où il se trouve.
Le transfert hors de l'Union européenne appelle une base juridique propre. Depuis juillet 2023, une décision d'adéquation encadre les transferts vers les entreprises américaines certifiées au titre du cadre de protection des données transatlantique. Cette décision a déjà eu deux prédécesseurs annulés par la justice européenne, ce qui invite à ne pas construire une architecture entière sur son maintien.
Pour les données les plus sensibles, la qualification SecNumCloud délivrée par l'ANSSI constitue le repère français. Elle vise explicitement l'immunité aux législations extraterritoriales et conditionne l'accès à certains marchés publics. Elle concerne des offres professionnelles, pas les services grand public cités plus haut.
Combien coûte vraiment un cloud en entreprise
La comparaison des prix affichés au téraoctet induit en erreur, parce que les modèles de facturation ne sont pas les mêmes.
| Modèle | Qui le pratique | Conséquence sur la facture |
|---|---|---|
| Par utilisateur, avec la suite bureautique | Google Workspace, Microsoft 365 | La facture suit l'effectif, indépendamment du volume réel stocké |
| Par compte, stockage seul | pCloud, MEGA, Proton Drive | Un seul abonnement peut servir une petite équipe, au prix d'une gestion des accès plus fruste |
| Licence à vie | pCloud notamment | Amortie en trois à quatre ans, avec le risque de disparition du fournisseur |
| À la consommation | Offres d'infrastructure comme OVHcloud ou Scaleway | Le stockage est bon marché, les frais de sortie et de requêtes font la différence |
Certains postes ne se découvrent qu'au moment de partir. Les frais de sortie, facturés par certains hébergeurs d'infrastructure au volume téléchargé, et le temps humain de la migration. Poser la question de la réversibilité avant de signer, format d'export et délai, coûte cinq minutes et évite d'être captif d'un fournisseur devenu cher.
Comment choisir selon votre profil
- Lister ses priorités
Volume nécessaire, type de données, budget, importance de la confidentialité. - Particulier
Pour photos et documents personnels, l'espace gratuit de Google Drive ou MEGA suffit souvent. - Équipe et entreprise
Privilégier la collaboration (Google Workspace, Microsoft 365) ou la confidentialité selon la sensibilité des données. - Données sensibles
Opter pour un cloud zero-knowledge européen et activer l'authentification à deux facteurs.
Questions fréquentes
Quel cloud offre le plus d'espace gratuit ?
MEGA est généralement le plus généreux, avec jusqu'à 20 Go, devant Google Drive et ses 15 Go. Dropbox reste le plus limité à 2 Go. Ces volumes évoluent, mieux vaut les vérifier au moment de souscrire.
Qu'est-ce qu'un cloud zero-knowledge ?
C'est un service où les clés de chiffrement restent exclusivement entre vos mains. Le fournisseur ne peut pas lire vos fichiers, même s'il le voulait. Proton Drive, Tresorit ou pCloud (option Crypto) fonctionnent ainsi.
Le stockage cloud est-il sûr pour une entreprise ?
Oui, à condition de choisir un fournisseur fiable, d'activer l'authentification à deux facteurs sur tous les comptes et de tenir compte du droit applicable selon la sensibilité des données. Le maillon faible n'est presque jamais l'hébergeur, c'est le compte d'un salarié dont le mot de passe circule ailleurs.
Un cloud remplace-t-il une sauvegarde ?
Non. Un dossier synchronisé réplique les erreurs aussi vite que les fichiers utiles, y compris un chiffrement par rançongiciel. La protection vient de l'historique des versions, dont la profondeur va de trente jours à un an selon les offres, et d'une seconde copie stockée en dehors du dossier synchronisé.
Que se passe-t-il si l'entreprise change de fournisseur ?
Le volume se récupère toujours, la question est le temps et le coût. Certains hébergeurs d'infrastructure facturent les frais de sortie au volume téléchargé, et une migration de plusieurs téraoctets se compte en jours. Les liens de partage envoyés à des clients, eux, cessent de fonctionner, point à anticiper si des documents ont été diffusés à l'extérieur.
CNIL - Recourir à un sous-traitant, obligations de l'article 28 du RGPD et clauses attendues : cnil.fr
Commission européenne - Décision d'adéquation du 10 juillet 2023 relative au cadre de protection des données UE, États-Unis : commission.europa.eu
ANSSI - Référentiel et liste des offres qualifiées SecNumCloud : cyber.gouv.fr