Construire son plan de trésorerie prévisionnel
Une entreprise peut afficher un bon résultat et se retrouver en cessation de paiements faute de liquidités, parce que ses clients paient à 60 jours et ses salariés le 30 du mois. Le plan de trésorerie prévisionnel sert à voir ce décalage avant qu'il ne fasse mal. Il traduit l'activité prévue en argent qui entre et qui sort, mois par mois, et fait apparaître les mois où le compte passera dans le rouge. C'est aussi le document que la banque demande avant d'accorder une ligne de crédit.
Un plan de trésorerie est un tableau à douze colonnes, une par mois, avec en lignes les encaissements prévus, les décaissements prévus, le solde du mois et le solde cumulé. Tout s'y inscrit toutes taxes comprises, à la date où l'argent bouge réellement et non à la date de la facture. Le solde cumulé négatif d'un mois donné est le besoin de financement à couvrir avant ce mois-là.
Encaissements, décaissements, solde cumulé
La première partie du tableau recense les encaissements. Les ventes TTC, décalées du délai de paiement réel de vos clients. Les remboursements de crédit de TVA. Les subventions, les apports en capital, les emprunts débloqués, les cessions de matériel. Chaque montant se place dans le mois où l'argent arrive sur le compte. Une facture émise le 20 janvier à 45 jours fin de mois est encaissée mi-mars, c'est en mars qu'elle figure.
La deuxième partie recense les décaissements. Les achats TTC, décalés du délai fournisseur. Les salaires nets, puis les cotisations sociales, payées à l'Urssaf le 5 ou le 15 du mois suivant selon la taille de l'entreprise. Les loyers, les assurances, les honoraires, les échéances d'emprunt, capital et intérêts. La TVA nette à reverser, c'est-à-dire la TVA collectée sur les ventes moins la TVA déductible sur les achats, payée au cours du mois suivant en régime mensuel ou par acomptes en régime simplifié. Les acomptes d'impôt sur les sociétés, les 15 mars, 15 juin, 15 septembre et 15 décembre. La CFE, le 15 décembre. Les dividendes, les investissements.
Le solde du mois est la différence entre les deux. Le solde cumulé ajoute le solde du mois à la trésorerie de fin du mois précédent, en partant du solde bancaire réel au premier jour du plan. C'est cette ligne qu'il faut lire. Un cumul négatif signifie que le compte sera à découvert, et sa profondeur donne le montant du financement à trouver avant cette date.
Trois mois d'une société de services
Une société de services de huit personnes démarre l'année avec 15 000 euros en banque. Ses clients paient à 60 jours, ses salaires et charges pèsent 25 000 euros par mois, son loyer 3 000 euros, son emprunt 2 000 euros. En janvier, elle règle sa prime d'assurance annuelle, en mars son premier acompte d'impôt sur les sociétés.
| En euros | Janvier | Février | Mars |
|---|---|---|---|
| Encaissements clients (ventes de novembre, décembre, janvier) | 40 000 | 38 000 | 55 000 |
| Salaires et charges sociales | 25 000 | 25 000 | 25 000 |
| Fournisseurs et sous-traitants | 15 000 | 11 000 | 14 000 |
| Loyer, emprunt, TVA nette | 9 000 | 9 000 | 6 000 |
| Assurance annuelle, acompte d'IS | 3 000 | 0 | 4 000 |
| Solde du mois | -12 000 | -7 000 | +6 000 |
| Solde cumulé en fin de mois | 3 000 | -4 000 | 2 000 |
L'activité est rentable, le mois de mars le montre. Pourtant le compte passe à découvert en février, de 4 000 euros, parce que les ventes faibles de décembre sont encaissées à ce moment-là et que la prime d'assurance de janvier a consommé la réserve. Vu en octobre, ce creux se règle par une autorisation de découvert négociée à l'avance ou par un acompte demandé à un client sur une mission de janvier. Vu le 25 février, il se règle dans l'urgence, à un coût plus élevé et avec un banquier moins bien disposé.
Les erreurs qui faussent la projection
La première est de confondre chiffre d'affaires et encaissement. Un plan construit sur les dates de facturation est systématiquement trop optimiste, de la valeur d'un à deux mois de ventes. Mesurez le délai de paiement réel de vos clients sur les six derniers mois, il est souvent plus long que celui inscrit sur les factures, et appliquez ce délai-là.
La deuxième est d'oublier les charges annuelles ou trimestrielles. Taxe foncière, assurance, CFE, acomptes d'IS, cotisations de mutuelle ou de prévoyance réglées au trimestre, treizième mois. Elles tombent à date fixe et creusent des trous prévisibles. Notez-les dès la construction du plan, à partir des dates de l'année précédente.
La troisième est de ne prévoir qu'un scénario. Les ventes futures sont une hypothèse. Un plan avec une version prudente, où les ventes sont réduites de 10 à 20 % et les délais clients allongés de quinze jours, montre à quel moment l'entreprise serait en difficulté si l'année se passe moins bien que prévu. C'est cette version que l'on présente à la banque, la version centrale servant de référence interne.
Postes à inclure dans votre plan de trésorerie
Traiter un creux avant d'y arriver
Un creux prévu se traite avant d'y arriver. Les solutions vont de la moins coûteuse à la plus chère. Demander un acompte à la commande ou raccourcir les délais de paiement sur les nouveaux contrats. Relancer les factures échues, ce qui rapporte souvent plus que n'importe quel financement. Négocier un délai supplémentaire avec un fournisseur important. Décaler un investissement non urgent. Puis, si cela ne suffit pas, négocier une autorisation de découvert ou une ligne de crédit court terme, ou céder ses factures à un affactureur, qui avance le montant des créances contre une commission. Toutes ces négociations se mènent mieux quand le compte est encore créditeur.
Un excédent durable se traite aussi. Une trésorerie qui dort sur le compte courant perd de la valeur avec l'inflation. Un compte à terme ou un rachat partiel d'emprunt, si le contrat le permet sans pénalité excessive, valent mieux qu'un solde qui gonfle sans usage.
Un plan construit une fois en janvier ne vaut plus rien en avril. Chaque mois, remplacez les prévisions du mois écoulé par les chiffres réels du relevé bancaire, comparez, et corrigez les hypothèses des mois suivants. Un écart de plus de 10 % entre prévu et réel sur les encaissements signale un délai client ou un niveau de ventes mal estimé. C'est cette révision mensuelle qui fait du plan un outil de pilotage.
Vos questions
Quel horizon de temps doit couvrir un plan de trésorerie ?
Douze mois glissants pour la gestion courante, en ajoutant un mois à chaque révision. Pour une création ou une demande de prêt, les banques demandent trois ans, avec un détail mensuel la première année. En période de tension, un plan hebdomadaire sur les huit semaines à venir, jour de paie et échéances d'emprunt placés à leur date exacte, évite les mauvaises surprises de fin de mois.
Faut-il inclure la TVA dans le plan de trésorerie ?
Oui. Le plan travaille en montants toutes taxes comprises, parce que c'est ce qui passe sur le compte. Vous encaissez le TTC de vos clients, vous payez le TTC à vos fournisseurs, et vous reversez la différence de TVA à l'administration le mois suivant, ou par acomptes semestriels en régime simplifié. Cette ligne est souvent la deuxième sortie du mois après les salaires.
Quels outils utiliser pour construire son plan de trésorerie ?
Un tableur suffit pour la plupart des PME, et Bpifrance Création propose un modèle gratuit. Des outils comme Agicap, Fygr ou RocketChart se connectent au compte bancaire et actualisent le réalisé automatiquement, ce qui règle le problème principal, la mise à jour. Beaucoup de logiciels de comptabilité en ligne intègrent aussi un module de prévision. L'outil compte moins que la régularité de la révision.
Le plan de trésorerie ne demande aucune compétence comptable particulière, seulement de la rigueur sur les dates et de la régularité dans la mise à jour. Construisez-le avec votre expert-comptable, révisez-le chaque mois, et vous saurez trois mois à l'avance ce que votre banquier apprendrait sinon par un rejet de prélèvement.
Bpifrance Création, « Le plan de trésorerie », méthode et modèle à télécharger : bpifrance-creation.fr
Impots.gouv.fr, calendrier des acomptes d'impôt sur les sociétés et échéances de TVA des professionnels : impots.gouv.fr
Urssaf, dates d'exigibilité des cotisations selon l'effectif : urssaf.fr