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Quelle lessive choisir pour un hôtel ?

Quelle lessive choisir pour un hôtel ?

L'essentiel en bref

  • Un hôtel qui lave son linge sur place utilise des lessives professionnelles, le plus souvent en système à plusieurs composants dosés automatiquement, une base détergente, un renforçateur alcalin et un agent de blanchiment, adaptés à la dureté de l'eau.
  • Le bon indicateur est le coût par kilo de linge lavé, produits, eau et énergie compris, et non le prix du bidon.
  • Les lessives enzymatiques traitent les taches organiques, sang, sueur, cosmétiques, à 40 ou 60 °C. Le blanc se maintient par un blanchiment oxygéné, pas par le chlore, qui use les fibres.
  • Sous une trentaine de chambres, l'externalisation en location-entretien coûte souvent moins cher que la buanderie interne, produits compris.

Le linge d'un hôtel se lave tous les jours, en volume, avec une exigence que le client juge au premier regard, des draps blancs, des serviettes souples, aucune odeur. La lessive est un poste modeste dans les charges d'un établissement, autour de 5 à 10 % du coût total d'un lavage, loin derrière la main-d'œuvre, l'énergie et le renouvellement du linge. Mais un mauvais produit ou un mauvais dosage se voit sur les draps et se paie en textiles remplacés trop tôt. Le choix se raisonne à partir du linge, de l'eau et du volume, avant d'ouvrir un catalogue.

Laver sur place ou externaliser

La question précède celle de la lessive. Au-dessus d'une quarantaine de chambres, une buanderie interne se justifie, avec des laveuses-essoreuses professionnelles, un sécheur, une calandre et une personne dédiée. En dessous, la plupart des établissements confient leur linge à une blanchisserie industrielle en location-entretien, où le loueur fournit le linge, le lave et le remplace, pour un prix à la pièce. Dans ce cas, la lessive n'est plus votre affaire, seul le cahier des charges compte, blancheur, douceur, traçabilité.

Les hôtels qui lavent sur place le font pour le contrôle de la qualité, pour le linge de spa ou de restaurant qui tourne vite, ou parce qu'une blanchisserie est trop loin. C'est à eux que s'adresse la suite.

Comment fonctionne une lessive professionnelle

Une lessive ménagère fait tout en un seul produit. Une buanderie professionnelle sépare les fonctions, ce qui permet d'ajuster chaque composant au linge et à l'eau. La base détergente contient les tensioactifs qui décollent les salissures. Le renforçateur alcalin élève le pH pour attaquer les graisses et neutralise la dureté de l'eau. L'agent de blanchiment, en général du peroxyde d'hydrogène ou du percarbonate, redonne son éclat au blanc dès 40 à 60 °C. Un neutralisant en fin de cycle ramène le pH du linge à la neutralité, ce qui évite les irritations et le grisaillement. Un assouplissant, optionnel, améliore le toucher des éponges.

Ces produits arrivent en bidons ou en fûts et sont injectés par des pompes doseuses réglées sur chaque programme de la machine. Les fournisseurs, Ecolab, Diversey, Christeyns, Hydrachim, Kiehl et les marques de distributeurs, installent les pompes et calibrent les dosages à partir d'une analyse de l'eau. Un dosage automatique bien réglé fait plus pour la qualité et le coût qu'un changement de marque.

Choisir selon le linge et l'eau

Les taches d'un hôtel sont surtout organiques, sang, sueur, sébum, maquillage, restes de repas. Les lessives enzymatiques, qui contiennent des protéases, des lipases et des amylases, les décomposent à basse température, ce qui économise l'énergie et ménage les fibres. Elles conviennent au linge de lit et aux serviettes, avec un blanchiment oxygéné pour maintenir le blanc. Le chlore blanchit plus vite mais fragilise le coton et jaunit le polyester, il reste réservé aux cas de désinfection lourde.

Le linge coloré, rideaux, nappes, uniformes, se lave avec une base sans blanchiment ou avec un blanchiment doux, à 40 °C. Les uniformes du personnel de cuisine supportent une lessive plus alcaline et une température plus élevée. Le linge de spa et de piscine, chargé en chlore et en huiles de massage, demande un dégraissage renforcé et un rinçage soigné, sinon il sent le rance en séchant.

La dureté de l'eau change tout. Une eau calcaire consomme une partie du détergent, laisse un dépôt gris sur le linge et entartre les machines. Un adoucisseur en amont, ou un renforçateur séquestrant dans la formule, coûte moins que le surdosage permanent qu'impose une eau dure.

Type de lingeProduitsTempératurePoints d'attention
Draps et taies blancsBase enzymatique, renforçateur alcalin, blanchiment oxygéné, neutralisant60 °CÉviter le chlore, contrôler le pH final
Serviettes et peignoirsIdem, assouplissant en option60 °CNe pas surdoser l'assouplissant, qui rend l'éponge hydrophobe
Nappes et serviettes de tableBase enzymatique, blanchiment oxygéné, amidon éventuel60 °CPrétraiter le vin et la graisse
Rideaux, couvre-lits, textiles colorésBase sans blanchiment30 à 40 °CProgramme doux, essorage réduit
UniformesBase alcaline, protection des couleurs40 à 60 °C selon la matièreCuisine à part, dégraissage renforcé
Linge de spaBase dégraissante, rinçage supplémentaire60 °CHuiles de massage et chlore de piscine

Compter le coût par kilo

Le prix d'un bidon ne dit rien. Une base concentrée à 4 euros le litre dosée à 3 millilitres par kilo de linge coûte 1,2 centime par kilo, une lessive à 2 euros le litre dosée à 10 millilitres en coûte 2. Ajoutez le renforçateur et le blanchiment, et le poste produits d'une buanderie d'hôtel se situe en général entre 4 et 8 centimes par kilo de linge sec. Un lavage complet, eau, énergie, produits, main-d'œuvre et amortissement compris, revient plutôt à 1 à 1,50 euro par kilo, ce qui montre où sont les vrais gisements d'économie, le remplissage des machines, la durée des cycles et le temps de calandrage.

Demandez à chaque fournisseur son coût aux 100 kilos de linge, avec le détail des dosages, plutôt qu'une remise sur le tarif catalogue. C'est ce chiffre qui se compare.

Le tri fait la moitié du travail

Un linge trié par couleur, par degré de salissure et par matière se lave avec le bon programme et la bonne dose. Un lot mélangé se lave au programme du linge le plus sale, ce qui use le reste. Une table de tri et trois chariots à la réception du linge sale coûtent moins qu'un mois de draps remplacés.

Hygiène et environnement

Pour un hôtel classique, un lavage à 60 °C avec un blanchiment oxygéné assure une hygiène suffisante. Les établissements soumis à des exigences sanitaires, spa médicalisé, résidence pour personnes âgées, linge de restauration collective, s'appuient sur la norme EN 14065, dite RABC, qui organise la maîtrise de la biocontamination dans la blanchisserie, et sur des lessives désinfectantes dont l'efficacité est testée selon les normes EN 13727 et EN 16616. Le fournisseur doit pouvoir produire ces attestations.

Côté environnement, les labels Écolabel européen et Nordic Swan couvrent les lessives professionnelles et garantissent l'absence de phosphates, une biodégradabilité et des emballages recyclables. Ils sont demandés par les référentiels Clef Verte et Green Globe auxquels de plus en plus d'hôtels adhèrent, et par certains donneurs d'ordre pour les voyages d'affaires. Les concentrés réduisent aussi le transport et les déchets d'emballage. Le premier geste écologique reste toutefois de laver à 40 ou 60 °C plutôt qu'à 90, et de remplir les machines.

Surdosage, eau dure et mauvaise température

  1. Surdoser Le linge ressort rêche, gris, chargé de résidus qui irritent la peau, et les pompes vident les fûts deux fois plus vite. Un contrôle du dosage à chaque changement de fût évite la dérive.
  2. Laver trop chaud Le 90 °C n'apporte rien à un drap d'hôtel avec un blanchiment oxygéné, il consomme de l'énergie et raccourcit la vie du coton.
  3. Négliger l'eau Sans adoucisseur ni séquestrant, le calcaire entartre les résistances, grise le linge et neutralise une partie du détergent.
  4. Mélanger les gammes Une base d'une marque et un neutralisant d'une autre peuvent se contrarier. Rester dans une gamme conçue pour fonctionner ensemble, ou faire valider la combinaison par le fournisseur.
  5. Oublier l'entretien des machines Un détartrage et un nettoyage des joints et des filtres chaque mois maintiennent la qualité de lavage et évitent les odeurs.

Questions fréquentes

Faut-il une lessive différente selon la catégorie de l'hôtel ?

Les produits sont les mêmes, l'exigence sur le résultat change. Un cinq étoiles surveille la blancheur au colorimètre, exige un toucher précis sur les éponges et bannit tout parfum marqué, ce qui suppose un neutralisant systématique et un dosage suivi de près. Un deux étoiles obtient un linge propre et net avec la même gamme professionnelle bien réglée. La différence tient au contrôle plus qu'au bidon.

La lessive professionnelle est-elle adaptée aux machines ménagères ?

Un petit hôtel équipé de lave-linge domestiques peut utiliser des lessives professionnelles mono-composant, vendues en bidons de 5 à 20 litres, en respectant le dosage indiqué pour la charge et la dureté de l'eau. Les systèmes multi-composants à pompes doseuses n'ont pas de sens sur ce type de machine. Attention au surdosage, qui mousse et abîme l'appareil, et au fait qu'une machine domestique n'est pas conçue pour huit cycles par jour.

Comment gérer les taches difficiles sur le linge hôtelier ?

Par un prétraitement avant le cycle. Un détachant enzymatique appliqué dix à quinze minutes sur le maquillage, le sang ou le vin fait plus qu'un lavage plus chaud. Le sang se traite à l'eau froide, la chaleur fixe les protéines. Les taches grasses, huiles de massage et crèmes solaires, demandent un dégraissant alcalin. Un linge lavé et séché avec une tache encore présente est en général perdu, d'où l'intérêt de contrôler à la sortie de la machine et non après la calandre.

Sources

Afnor, norme NF EN 14065, textiles traités en blanchisserie, système de maîtrise de la biocontamination : afnor.org

Commission européenne, critères de l'Écolabel européen pour les détergents textiles à usage industriel et institutionnel : environment.ec.europa.eu

Clef Verte, référentiel hôtellerie, critères achats et blanchisserie : laclefverte.org

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