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Rupture conventionnelle : comment la négocier et l'homologuer

Rupture conventionnelle : comment la négocier et l'homologuer

La rupture conventionnelle est, depuis sa création en 2008, le mode de séparation à l'amiable entre un employeur et un salarié en CDI. Elle ne s'apparente ni à un licenciement ni à une démission, et ouvre droit aux allocations chômage pour le salarié, ce qui la distingue fondamentalement de la démission. Mais derrière sa réputation de procédure simple, la rupture conventionnelle suit un cadre légal précis que les deux parties doivent respecter pour éviter toute requalification ultérieure.

À retenir

  • La rupture conventionnelle ne s'applique qu'aux CDI : elle ne peut pas être utilisée pour mettre fin à un CDD ou à une période d'essai.
  • Elle doit être signée librement et en connaissance de cause par les deux parties. Toute pression de l'employeur peut entraîner son annulation.
  • Le salarié conserve le droit aux allocations chômage dès lors que la rupture est homologuée par la DREETS.
  • L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement.

Ce que la rupture conventionnelle permet et ce qu'elle exclut

La rupture conventionnelle s'applique exclusivement aux salariés en contrat à durée indéterminée. Elle est impossible pour mettre fin à un CDD, à un contrat d'apprentissage ou à une période d'essai. En revanche, elle peut concerner tous les salariés en CDI, quelle que soit leur ancienneté : un salarié embauché depuis six mois peut y prétendre au même titre qu'un cadre de vingt ans d'ancienneté.

Plusieurs situations bloquent ou limitent son recours. Si le salarié est en arrêt maladie pour accident du travail ou maladie professionnelle, la rupture conventionnelle reste possible, mais elle doit être signée en dehors de toute pression liée à l'état de santé. Un salarié inapte (déclaré inapte par le médecin du travail) ne peut pas faire l'objet d'une rupture conventionnelle : dans ce cas, seul le licenciement pour inaptitude s'applique. De même, dans un contexte de plan de sauvegarde de l'emploi, la rupture conventionnelle individuelle est interdite.

Côté employeur, la rupture conventionnelle présente un intérêt réel : elle évite les risques d'un licenciement mal motivé, permet de séparer dans de bonnes conditions un salarié dont le poste évolue ou dont la relation professionnelle s'est dégradée, et garantit une sécurité juridique supérieure à bien d'autres modes de rupture. Elle demande en revanche d'accepter de verser une indemnité et de respecter une procédure formelle.

Les étapes de la procédure

  1. Proposition et accord sur le principeLa démarche peut être initiée par l'employeur ou par le salarié. L'initiative n'est pas encadrée légalement. L'essentiel est que les deux parties soient d'accord pour entamer la négociation.
  2. Un ou plusieurs entretiensLa loi impose au moins un entretien pour négocier les termes : date de fin du contrat, montant de l'indemnité. Plusieurs entretiens peuvent avoir lieu si les parties en ressentent le besoin. Le salarié peut se faire assister par un membre du personnel ou, si l'entreprise n'a pas d'instance représentative, par un conseiller du salarié (liste disponible en DREETS).
  3. Signature du formulaire CerfaLes deux parties signent le formulaire officiel (Cerfa 14598*01 pour les cas hors protection particulière). Ce formulaire mentionne le montant de l'indemnité et la date envisagée de fin du contrat.
  4. Délai de rétractation de 15 joursÀ compter du lendemain de la date de signature, chacune des parties dispose de 15 jours calendaires pour se rétracter sans avoir à se justifier. Ce délai est impératif et ne peut pas être raccourci.
  5. Demande d'homologation à la DREETSÀ l'issue du délai de rétractation, l'employeur transmet le formulaire à la DREETS (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) via le portail TéléRC. La DREETS dispose de 15 jours ouvrables pour instruire le dossier. En l'absence de réponse, la rupture est réputée homologuée.
  6. Fin du contrat à la date convenueLa rupture prend effet à la date fixée dans le formulaire, qui ne peut pas être antérieure à la date d'homologation.
ÉtapeDélaiPoint de vigilance
Entretien(s)Aucun délai imposé entre entretiensAu moins un entretien obligatoire
Signature du CerfaAprès le ou les entretiensVérifier montant de l'indemnité avant signature
Délai de rétractation15 jours calendaires à compter du lendemain de la signatureDélai applicable aux deux parties
Transmission à la DREETSAprès expiration du délai de rétractationUtiliser le portail TéléRC obligatoirement
Instruction DREETS15 jours ouvrables (silence = homologation)Absence de réponse vaut homologation

Le calcul de l'indemnité spécifique

L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement. Pour les salariés ayant moins de dix ans d'ancienneté, elle est calculée à raison d'un quart de mois de salaire brut par année d'ancienneté. Pour les années au-delà de dix ans, le taux passe à un tiers de mois par année. Le salaire de référence retenu est la moyenne mensuelle des douze derniers mois, ou des trois derniers mois si ce calcul est plus favorable au salarié.

Attention : ces taux sont des minima légaux. Les parties peuvent librement négocier un montant supérieur, ce qui est d'ailleurs courant lorsque la relation s'est dégradée et que l'employeur souhaite trouver une issue rapide. En revanche, proposer un montant inférieur au minimum légal est une cause de refus d'homologation par la DREETS et peut entraîner la nullité de la rupture.

L'indemnité de rupture conventionnelle bénéficie d'un régime fiscal avantageux : elle est exonérée d'impôt sur le revenu dans la limite du plus élevé des trois plafonds suivants (deux fois la rémunération brute annuelle, moitié de l'indemnité totale, ou montant de l'indemnité légale de licenciement). La fraction excédant ces plafonds est soumise à l'impôt sur le revenu et aux cotisations sociales.

Bon à savoir

Depuis janvier 2023, l'indemnité de rupture conventionnelle est assujettie à un forfait social de 30 % sur la part exonérée de cotisations sociales. Pour les entreprises de moins de 11 salariés ou les salariés partant en retraite, des règles spécifiques s'appliquent. Vérifiez avec votre expert-comptable le régime applicable à votre situation.

Les risques d'invalidation à connaître

La rupture conventionnelle peut être contestée devant le Conseil de prud'hommes dans un délai de douze mois à compter de son homologation. Les motifs d'invalidation les plus fréquents sont le vice du consentement (pression, harcèlement moral, état de vulnérabilité), le non-respect des formalités (absence d'entretien préalable formalisé, défaut de remise du formulaire signé au salarié) et l'indemnité inférieure au minimum légal.

Une erreur souvent commise par les employeurs consiste à initier une rupture conventionnelle dans un contexte conflictuel récent (avertissement, procédure disciplinaire en cours, plainte pour harcèlement). Les juges prud'homaux examinent attentivement le contexte global et peuvent annuler la rupture si le consentement du salarié apparaît vicié par des circonstances qui l'ont conduit à accepter pour fuir une situation difficile.

Erreur à éviter

Ne pas remettre au salarié un exemplaire du formulaire signé. Cette omission, confirmée par une jurisprudence constante de la Cour de cassation, suffit à invalider la rupture conventionnelle même si toutes les autres étapes ont été correctement suivies. Veillez à ce que chaque partie conserve un exemplaire daté et signé.

Questions fréquentes

Un salarié en arrêt maladie peut-il signer une rupture conventionnelle ?

Oui, un salarié en arrêt maladie ordinaire peut signer une rupture conventionnelle. En revanche, si l'arrêt est lié à un accident du travail ou à une maladie professionnelle, des précautions supplémentaires s'imposent pour éviter toute contestation sur le consentement. Il est recommandé de différer la signature jusqu'à la reprise du travail ou d'obtenir l'avis d'un juriste spécialisé.

Un salarié protégé peut-il bénéficier d'une rupture conventionnelle ?

Oui, mais la procédure est différente. Pour les salariés protégés (délégués du personnel, membres du CSE, délégués syndicaux, etc.), la rupture conventionnelle doit être autorisée par l'inspecteur du travail, et non simplement homologuée par la DREETS. Le formulaire spécifique Cerfa 14599*01 s'applique.

L'employeur peut-il refuser une demande de rupture conventionnelle émanant du salarié ?

Oui, librement. La rupture conventionnelle est un accord mutuel : aucune des deux parties ne peut être contrainte d'y consentir. Si le salarié souhaite partir mais que l'employeur refuse, le salarié peut seulement démissionner (sans allocations chômage) ou attendre un licenciement éventuel.

La rupture conventionnelle reste l'une des solutions les plus pragmatiques pour mettre fin à une relation de travail sans conflit judiciaire. Sa simplicité apparente ne doit pas faire oublier la rigueur procédurale qu'elle exige : entretien formalisé, délai de rétractation respecté, exemplaire remis au salarié, indemnité conforme. Autant d'étapes qui, mal maîtrisées, peuvent transformer une séparation amiable en contentieux prud'homal.

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