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Emploi / Formation

Rupture conventionnelle : guide de l'employeur pour sécuriser la procédure

Document de rupture conventionnelle avec stylo sur bureau professionnel

La rupture conventionnelle a été créée par la loi du 25 juin 2008 et reste depuis lors le mode de rupture amiable le plus utilisé en France : plus de 500 000 ruptures conventionnelles sont homologuées chaque année. Elle permet à l'employeur et au salarié de se séparer d'un commun accord, avec des conditions définies conjointement, sans passer par un licenciement ou une démission. Pour l'employeur, elle évite le contentieux de licenciement ; pour le salarié, elle ouvre droit aux allocations chômage. Mais sa simplicité apparente cache une procédure formelle qui, si elle est mal suivie, peut être requalifiée et entraîner des condamnations.

L'essentiel

La rupture conventionnelle n'est possible qu'avec un salarié en CDI. Elle est interdite pour mettre fin à un contrat d'apprentissage ou à une période d'essai. Un salarié protégé (représentant du personnel, délégué syndical) peut bénéficier d'une rupture conventionnelle, mais la procédure est spécifique et nécessite l'autorisation de l'inspection du travail. La rupture conventionnelle est nulle si elle a été obtenue sous pression ou en cas de vice du consentement.

Les étapes de la procédure de rupture conventionnelle

La procédure comporte quatre étapes obligatoires. La première est la convocation à un entretien : l'employeur doit convoquer le salarié par lettre ou remise en main propre, en précisent que l'objet de la réunion est la discussion d'une rupture conventionnelle. Le salarié peut se faire assister lors de cet entretien par un salarié de l'entreprise ou, dans certains cas, par un conseiller extérieur inscrit sur une liste dressée par l'administration. Si le salarié souhaite se faire assister, il doit en informer l'employeur avant la réunion pour que celui-ci puisse également se faire assister.

La deuxième étape est la conclusion de l'accord : après un ou plusieurs entretiens (il n'y a pas de minimum imposé par la loi, mais au moins un est nécessaire), employeur et salarié signent le formulaire cerfa de convention de rupture conventionnelle qui définit la date de rupture du contrat et le montant de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle. La troisième étape est le respect du délai de rétractation : les deux parties disposent de 15 jours calendaires suivant la date de signature pour se rétracter, sans avoir à se justifier. Ce délai ne peut pas être raccourci par accord entre les parties. La quatrième étape est l'homologation : une fois le délai de rétractation expiré, l'employeur (ou le salarié) envoie le formulaire signé au DREETS (Direction Régionale de l'Économie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités) compétent, qui dispose de 15 jours pour homologuer ou refuser. L'absence de réponse dans ce délai vaut homologation tacite.

Sécuriser une rupture conventionnelle : les étapes clés

L'indemnité minimale de rupture conventionnelle

Le salarié a droit à une indemnité spécifique de rupture conventionnelle qui ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement. Le montant de l'indemnité légale de licenciement est de 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 de mois de salaire par année au-delà de 10 ans d'ancienneté. Le salaire de référence est généralement le plus favorable entre la moyenne des 12 derniers mois et la moyenne des 3 derniers mois.

La convention collective applicable peut prévoir une indemnité conventionnelle de licenciement supérieure à l'indemnité légale. Dans ce cas, c'est l'indemnité conventionnelle qui constitue le plancher minimum pour la rupture conventionnelle. Il faut donc toujours vérifier les dispositions de la CCN applicable avant de proposer un montant. Le montant est librement négociable au-dessus du minimum, et l'indemnité de rupture conventionnelle est exonérée de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu dans la limite de 2 fois le Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (PASS), soit environ 88 560 euros en 2025.

Les cas où la rupture conventionnelle est impossible ou risquée

La rupture conventionnelle est interdite ou risquée dans plusieurs situations. Un salarié en arrêt maladie peut en principe conclure une rupture conventionnelle (la suspension du contrat de travail n'empêche pas techniquement la rupture conventionnelle), mais les juges sont vigilants à ce que la maladie n'ait pas été l'occasion pour l'employeur de mettre une pression sur le salarié pour accepter la rupture. Si le contexte de l'arrêt maladie est lié à un harcèlement moral ou à une détérioration des conditions de travail imputable à l'employeur, le consentement peut être vicié et la rupture requalifiée.

Dans les cas de conflit grave ou de procédure disciplinaire en cours, la rupture conventionnelle est possible mais risquée : les juges analysent si le salarié a consenti librement ou s'il s'y est senti contraint par le contexte. En cas de doute, il vaut mieux que le conflit soit résolu ou suspendu avant de proposer une rupture conventionnelle. Un salarié en procédure de licenciement pour faute grave ou lourde peut en principe conclure une rupture conventionnelle, mais cela demande d'abandonner la procédure disciplinaire, ce qui peut avoir des implications sur d'autres salariés en cas de faute grave non sanctionnée.

Vos questions

Un salarié peut-il refuser de signer la rupture conventionnelle ?

Oui, absolument. La rupture conventionnelle est une démarche consensuelle : les deux parties doivent l'accepter librement. Un salarié ne peut pas être contraint de signer. Si le salarié refuse, l'employeur ne peut pas imposer la rupture et doit, s'il souhaite mettre fin au contrat, engager une procédure de licenciement dans le respect des règles légales applicables. Le refus du salarié ne peut pas être sanctionné ou utilisé contre lui dans une procédure ultérieure.

La rupture conventionnelle ouvre-t-elle systématiquement droit au chômage ?

Oui, un salarié dont la rupture conventionnelle a été homologuée ouvre droit aux allocations de retour à l'emploi (ARE) versées par France Travail (ex-Pôle Emploi), dans les mêmes conditions qu'un licenciement : conditions d'affiliation (avoir travaillé au moins 6 mois au cours des 24 derniers mois), inscription comme demandeur d'emploi dans les 12 mois suivant la fin du contrat, et respect des conditions de disponibilité et de recherche active d'emploi. Un seul cas où les allocations ne sont pas versées immédiatement : si l'indemnité de rupture dépassé l'indemnité minimale, le salarié doit observer un délai de franchise (differé) avant de toucher ses allocations.

Peut-on conclure une rupture conventionnelle pendant une période de protection ?

Les salariés en congé maternité ou en congé parental sont protégés contre le licenciement mais pas contre la rupture conventionnelle. En revanche, la protection se renforce juste avant et juste après le congé maternité. Pour les représentants du personnel (membres du CSE, délégués syndicaux, salariés protégés), la rupture conventionnelle est possible mais requiert l'autorisation de l'inspection du travail, qui vérifié l'absence de lien entre la rupture et les mandats du salarié. La demande d'autorisation est déposée au DREETS et peut prendre plusieurs semaines.

La rupture conventionnelle est un outil précieux pour l'employeur qui souhaite se séparer d'un salarié dans la sérénité, sans contentieux et sans litige. Mais elle exige un respect rigoureux de la procédure, un consentement libre et éclairé du salarié et un montant d'indemnité correct. En cas de doute sur la validité de la procédure, l'assistance d'un avocat spécialisé en droit social est un investissement toujours rentable par rapport au risque d'une requalification contentieuse.

Sources

Service Public - Rupture conventionnelle du CDI : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F19030

Ministère du Travail - Statistiques ruptures conventionnelles 2025 : https://dares.travail-emploi.gouv.fr

Code du Travail - Articles L1237-11 à L1237-16 : https://www.legifrance.gouv.fr

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