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Facturer un acompte, une situation ou un solde

Factures d'acompte et de solde rangées dans un classeur sur un bureau de travail

Facturer en une seule fois une prestation longue ou un chantier de plusieurs mois expose à un risque de trésorerie sérieux et à la dépendance vis-à-vis de la bonne volonté du client. La facturation progressive, par acomptes, situations de travaux ou jalons, est la solution naturelle. Encore faut-il respecter les règles qui l'encadrent, utiliser les bonnes dénominations et gérer correctement la TVA tout au long du processus.

L'essentiel

Une facture d'acompte est émise avant la livraison ou la fin de la prestation. La TVA est exigible dès l'encaissement. La facture de solde devra faire référence à toutes les factures d'acompte précédentes et ne portera la TVA que sur le solde restant. Numéro de facture et mentions obligatoires identiques aux factures définitives.

L'acompte : définition juridique et TVA

Un acompte est une avance sur le prix total d'une prestation ou d'une livraison pas encore réalisée. Sa particularité juridique est d'engager les deux parties : le client qui paye l'acompte confirme sa commande, le fournisseur s'engage à exécuter. Contrairement aux arrhes, l'acompte n'est pas une faculté de dédit : si le client se rétracte après avoir versé un acompte, il reste redevable du solde sauf force majeure. Si c'est le fournisseur qui se désiste, il doit rembourser l'acompte et peut être condamné à des dommages et intérêts.

Sur le plan de la TVA, l'acompte sur prestations de services est soumis à la TVA dès son encaissement, et non au moment de l'exécution. Un prestataire qui reçoit un acompte de 10 000 euros HT le 10 juillet doit déclarer la TVA correspondante sur sa déclaration du mois de juillet, même si la prestation ne sera effectuée qu'en septembre. Pour les livraisons de biens, la TVA est exigible à la livraison du bien, pas à l'encaissement de l'acompte, sauf option pour les débits.

La situation de travaux : spécificité du BTP

Dans le bâtiment et les travaux publics, la facturation en cours de chantier se fait le plus souvent par "situations de travaux". Ce sont des factures intermédiaires qui correspondent à l'avancement réel du chantier, mesuré par un pourcentage d'avancement ou par des quantités réellement mises en oeuvre. La situation N reprend le cumul depuis le début du chantier et déduit le cumul déjà facturé pour ne faire apparaître que la tranche correspondant à la période concernée.

Ce système de facturation "cumulative" permet un suivi fin de l'avancement et une reconnaissance du chiffre d'affaires au fil de l'exécution. Il nécessite un tableau de suivi rigoureux pour éviter les doublons ou les oublis. La dernière situation, quand elle couvre 100 % de l'avancement, joue le rôle de facture définitive. Il n'est pas nécessaire d'émettre une facture de solde distincte si la situation finale correspond à la totalité du marché.

Les mentions obligatoires et la numérotation

Une facture d'acompte doit comporter toutes les mentions obligatoires d'une facture classique : numéro séquentiel unique, date d'émission, identification du vendeur et de l'acheteur (dénomination, adresse, SIREN/SIRET, TVA intracommunautaire), description de la prestation ou du bien, base HT, taux et montant de TVA, total TTC. Elle doit en plus mentionner qu'il s'agit d'un acompte et préciser, si possible, le montant total du marché. Omettre la mention "acompte" ou "avance" peut créer des confusions comptables chez votre client.

La facture de solde, qui clôture la facturation, doit impérativement faire référence aux factures d'acompte précédentes (numéros et dates) et indiquer les sommes déjà réglée. Le montant net à payer sur la facture de solde est le prix total moins les acomptes déjà facturés. Si le prix total a changé en cours de route (avenant, modifications), c'est sur la facture de solde que ces ajustements apparaissent.

Mentions obligatoires sur une facture d'acompte

Point de vigilance

N'émettez jamais de reçu informel ou de note de devis à la place d'une facture d'acompte. Un reçu sans numéro de facture ni TVA affichée expose à un redressement fiscal et prive votre client de la possibilité de déduire la TVA. Dès l'encaissement d'un premier versement, une vraie facture d'acompte doit être émise.

Vos questions

Peut-on facturer un acompte avant la signature du contrat ?

Juridiquement, un acompte suppose une commande ferme. Facturer avant signature formelle est risqué : si le client se rétracte avant signature, le recouvrement de l'acompte sera difficile. La bonne pratique est de faire signer le devis ou le bon de commande avant d'émettre la première facture d'acompte.

Comment gérer un acompte sur marchandises non encore livrées ?

Pour les livraisons de biens, la TVA n'est pas exigible à l'encaissement de l'acompte (sauf option pour les débits). Vous encaissez l'acompte, mais vous ne declarerz la TVA qu'à la livraison effective. Sur la facture d'acompte, indiquez donc un montant HT et précisez que la TVA sera exigible à la livraison. Certains logiciels de facturation gèrent ce cas automatiquement.

Que se passe-t-il si le total des acomptes dépassé le prix définitif ?

Cela arrive parfois quand le chantier ou la prestation est revue à la baisse. La facture de solde affiche alors un montant négatif (avoir). Vous êtes tenu de rembourser la différence ou de l'imputer sur une prochaine commande si le client l'accepte. Il est préférable d'émettre un avoir formel plutôt qu'une simple note de crédit informelle.

La facturation progressive est un outil puissant de gestion du risque client et de la trésorerie. Bien mise en oeuvre, elle transforme un risque concentré sur la livraison finale en risque fractionné et maîtrisable. L'essentiel est de respecter rigoureusement la chaîn de référence entre acomptes et solde, et de ne jamais céder à la tentation d'une facturation informelle pour aller vite.

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