Forfait jours pour les cadres : conditions et suivi
Le forfait annuel en jours décompte le temps de travail d'un salarié en jours et non en heures. Le salarié travaille au plus 218 jours par an, organise ses journées comme il l'entend, et n'est soumis ni aux 35 heures ni aux heures supplémentaires. En échange, l'employeur doit garantir des repos et une charge de travail raisonnable, et la Cour de cassation annule les forfaits dont le suivi est défaillant, avec rappel de toutes les heures supplémentaires sur trois ans. C'est un dispositif utile pour les cadres autonomes et dangereux pour l'employeur qui le traite comme une dispense de compter.
Le forfait jours suppose un accord collectif, de branche ou d'entreprise, qui l'autorise et en fixe les garanties, une convention individuelle signée par le salarié, et une autonomie réelle dans l'organisation de son emploi du temps. Le plafond légal est de 218 jours, journée de solidarité comprise, ce qui donne en 2026 neuf jours de repos supplémentaires pour un salarié à temps plein. L'employeur tient un décompte des jours, vérifie régulièrement la charge de travail et organise au moins un entretien annuel sur ce sujet. Les repos de 11 heures par jour et de 35 heures par semaine s'appliquent.
Qui peut être au forfait jours
L'article L3121-58 du Code du travail vise deux catégories. Les cadres qui disposent d'une autonomie dans l'organisation de leur emploi du temps et dont les fonctions ne les conduisent pas à suivre l'horaire collectif de leur service. Et les salariés non cadres dont la durée du travail ne peut pas être prédéterminée et qui disposent d'une réelle autonomie, un commercial itinérant ou un technicien qui organise ses tournées par exemple.
L'autonomie se juge sur les faits, pas sur l'intitulé du poste. Un cadre qui doit être présent de 9 heures à 18 heures, qui pointe ou dont l'agenda est fixé par son responsable n'est pas autonome, et son forfait sera annulé s'il le conteste, quelle que soit sa classification. Le juge regarde qui décide des horaires, et si le salarié peut s'absenter une matinée sans autorisation.
L'accord collectif d'abord, la convention ensuite
Le forfait jours ne se met pas en place par le seul contrat de travail. Il faut d'abord un accord collectif, la convention de branche si elle le prévoit, comme Syntec, la métallurgie ou les bureaux d'études, ou un accord d'entreprise, qui peut depuis 2017 s'écarter de la branche. Cet accord fixe les catégories de salariés concernées, le nombre de jours, les conditions de prise en compte des absences et des arrivées en cours d'année, et surtout les modalités de suivi de la charge de travail, de communication entre le salarié et l'employeur et d'exercice du droit à la déconnexion.
Vient ensuite la convention individuelle, une clause du contrat ou un avenant, que le salarié doit accepter expressément. Elle mentionne le nombre de jours et renvoie à l'accord collectif. Sans accord collectif valable, la convention individuelle ne vaut rien, et sans convention individuelle écrite, l'accord collectif ne s'applique pas au salarié. Beaucoup de contentieux naissent de contrats qui mentionnent « forfait jours » sans accord de branche applicable, ou sans que le salarié ait signé quoi que ce soit.
Certaines branches ajoutent des conditions. La convention Syntec réserve le forfait jours aux cadres d'un certain niveau et impose une rémunération au moins égale à 120 % du minimum conventionnel de leur catégorie. Le Code du travail prévoit de son côté qu'un salarié dont la rémunération est manifestement sans rapport avec les sujétions du forfait peut saisir le juge pour obtenir une indemnité.
218 jours, et ce qui reste
Le plafond légal est de 218 jours travaillés par an, journée de solidarité incluse. L'accord collectif peut fixer moins, et un forfait réduit, 200 jours par exemple, peut être conclu pour un temps partiel. Le nombre de jours de repos supplémentaires, souvent appelés RTT, se recalcule chaque année à partir du calendrier.
| Calcul pour 2026 | Jours |
|---|---|
| Jours dans l'année | 365 |
| Samedis et dimanches | − 104 |
| Jours fériés tombant un jour de semaine | − 9 |
| Congés payés | − 25 |
| Jours ouvrés restants | 227 |
| Forfait | − 218 |
| Jours de repos supplémentaires | 9 |
Le salarié peut renoncer à une partie de ces jours de repos, avec l'accord de l'employeur formalisé par un avenant annuel, contre une majoration de salaire d'au moins 10 %. Le nombre maximal de jours travaillés est alors fixé par l'accord collectif et ne peut pas dépasser 235 en l'absence de disposition, afin de préserver les congés, les repos hebdomadaires et les jours fériés.
Jours de repos en forfait jours
Adaptez le nombre de jours fériés en semaine et le forfait prévu par votre accord.
Le suivi, qui fait la validité du forfait
Depuis 2011, la Cour de cassation juge qu'un forfait jours n'est valable que si l'accord collectif garantit le respect des durées maximales de travail et des repos, et que l'employeur applique effectivement ces garanties. La loi de 2016 a codifié trois obligations. Un document de contrôle qui fait apparaître le nombre et la date des jours travaillés, ainsi que le positionnement des jours de repos, que le salarié peut renseigner lui-même sous la responsabilité de l'employeur. Une vérification régulière que la charge de travail est raisonnable et permet une bonne répartition dans le temps. Et un entretien au moins une fois par an sur la charge de travail, l'organisation du travail, l'articulation entre vie professionnelle et vie personnelle et la rémunération.
Ces obligations ont une conséquence pratique. Un salarié au forfait jours qui envoie des courriels à 23 heures et travaille le samedi sans que personne ne réagisse construit, semaine après semaine, le dossier qui fera annuler son forfait. La jurisprudence attend de l'employeur qu'il alerte le salarié dont le décompte montre des repos non pris, qu'il organise l'entretien avec un compte rendu, et qu'il tire les conséquences d'une charge excessive. Si l'accord collectif ne prévoit pas ces garanties, l'employeur peut les instaurer lui-même par ces mesures supplétives, et sauver le forfait.
Le forfait annulé se traduit par un retour au décompte en heures sur les trois dernières années. Le salarié qui démontre, par ses courriels et son agenda, qu'il travaillait 45 heures par semaine obtient le paiement de dix heures supplémentaires majorées par semaine, avec les congés payés afférents, et parfois une indemnité pour travail dissimulé égale à six mois de salaire.
Le forfait jours dispense du décompte horaire, pas des repos. Onze heures consécutives entre deux journées, trente-cinq heures consécutives par semaine, et le droit à la déconnexion. Un employeur qui constate dans le document de contrôle des journées de travail six jours sur sept, ou qui reçoit des courriels à toute heure, doit intervenir. Ne pas le faire vaut manquement à l'obligation de sécurité, indépendamment de l'annulation du forfait.
Vos questions
Le salarié au forfait jours peut-il percevoir des heures supplémentaires ?
Non. Le temps n'est pas compté en heures, il n'y a donc ni heures supplémentaires ni contingent. Le salarié peut en revanche, avec l'accord de l'employeur et par un avenant valable un an, renoncer à des jours de repos contre une majoration d'au moins 10 % de la rémunération de ces jours, dans la limite fixée par l'accord collectif et au plus 235 jours travaillés. Un salarié qui dépasse le forfait sans avenant a droit à une compensation, et le dépassement répété alimente la contestation du forfait.
Que se passe-t-il si l'accord collectif est dénoncé après la conclusion du forfait ?
L'accord dénoncé continue de s'appliquer pendant le préavis puis pendant un an au plus, le temps d'en négocier un autre. Sans accord de remplacement à l'issue de ce délai, les conventions individuelles perdent leur base légale et le décompte en heures reprend. L'employeur doit alors soit conclure un nouvel accord, soit revenir à un horaire collectif, et régulariser la période intermédiaire.
Un salarié peut-il refuser le forfait jours ?
Oui. La convention de forfait demande l'accord exprès du salarié, et son refus n'est ni une faute ni un motif de licenciement, la Cour de cassation l'a jugé à plusieurs reprises. L'employeur qui veut absolument un forfait pour un poste doit l'inscrire dans le contrat dès l'embauche. Pour un salarié en poste, le refus laisse en place le décompte en heures, avec les heures supplémentaires qui vont avec.
Le forfait jours convient à un cadre qui organise réellement son temps, dans une entreprise qui accepte de suivre sa charge de travail et d'en parler une fois par an. Sans ces deux conditions, il vaut mieux compter les heures.
Légifrance, Code du travail, articles L3121-58 à L3121-66 (forfait annuel en jours) : legifrance.gouv.fr
Service-public.fr, « Forfait jours du salarié », conditions, plafond et renonciation aux jours de repos : service-public.gouv.fr
Cour de cassation, chambre sociale, arrêt du 29 juin 2011 (n° 09-71.107) sur les garanties du forfait jours : courdecassation.fr