Quel est l'intérêt d'avoir un PER ?
En bref : Le Plan d'Épargne Retraite (PER) est le produit d'épargne retraite unifié lancé en octobre 2019 par la loi PACTE. Son principal avantage fiscal : les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable, dans la limite de 10 % des revenus professionnels (plafond 2025 : 35 194 €). Pour un contribuable dans la tranche à 41 %, verser 10 000 € sur un PER revient à n'en débourser que 5 900 € nets d'impôt la même année.
La question de la retraite est souvent repoussée à plus tard, surtout en début de carrière. Pourtant, l'effet des intérêts composés fait que commencer à épargner dix ans plus tôt peut doubler le capital disponible au moment du départ en retraite pour un même taux d'effort mensuel. Le PER (Plan d'Épargne Retraite), créé par la loi PACTE de 2019, simplifie et améliore les anciens dispositifs (PERP, Madelin, article 83, PERCO) en les regroupant dans un cadre unique plus flexible et plus avantageux fiscalement.
Fonctionnement du PER : les trois compartiments
Le PER individuel (PERin), le plus accessible, se divise conceptuellement en trois compartiments selon l'origine des versements. Le compartiment 1 reçoit les versements volontaires effectués à l'initiative du titulaire. C'est sur ce compartiment que s'applique la déductibilité fiscale optionnelle (le souscripteur peut choisir de ne pas déduire à l'entrée pour bénéficier d'une fiscalité avantageuse à la sortie). Le compartiment 2 reçoit les versements obligatoires d'un employeur dans le cadre d'un PER d'entreprise. Le compartiment 3 reçoit les fonds issus de l'épargne salariale (participation, intéressement, CET).
Cette distinction est importante car la fiscalité à la sortie dépend du compartiment d'origine. Pour les versements volontaires déduits fiscalement, la sortie en capital est imposée à l'impôt sur le revenu (pour la part correspondant aux versements) et les plus-values sont soumises au prélèvement forfaitaire unique (PFU, flat tax à 30 %). C'est l'inverse du principe des assurances-vie où la fiscalité est avantageuse à la sortie : avec le PER, l'avantage fiscal est à l'entrée.
L'avantage fiscal à l'entrée : le coeur de l'intérêt du PER
La déductibilité des versements volontaires du revenu imposable est l'argument principal du PER pour les contribuables imposés à des taux marginaux élevés. Le plafond annuel de déduction est fixé à 10 % des revenus professionnels nets de l'année précédente, dans la limite de 10 % de 8 fois le Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (PASS). En 2025, ce plafond est de 35 194 €. Les plafonds non utilisés des trois dernières années sont reportables, ce qui permet des versements exceptionnels importants.
Concrètement, pour un contribuable dont le taux marginal d'imposition (TMI) est de 41 %, verser 10 000 € sur son PER réduit son impôt de 4 100 €. Son effort d'épargne réel n'est que de 5 900 €. Ces 10 000 € sont ensuite investis (en gestion pilotée ou libre) et capitalisent en franchise d'impôt pendant toute la durée du plan. Pour les entrepreneurs et les indépendants, cet avantage est particulièrement puissant les années de forte imposition, permettant de lisser la charge fiscale sur la durée.
| TMI du souscripteur | Versement brut | Économie d'impôt | Effort net réel |
|---|---|---|---|
| 11 % | 10 000 € | 1 100 € | 8 900 € |
| 30 % | 10 000 € | 3 000 € | 7 000 € |
| 41 % | 10 000 € | 4 100 € | 5 900 € |
| 45 % | 10 000 € | 4 500 € | 5 500 € |
Sortie en rente ou en capital : les options à la retraite
Le PER offre deux modalités de sortie à l'âge de la retraite. La sortie en capital (nouveauté de la loi PACTE par rapport au PERP) permet de récupérer l'épargne accumulée en une seule fois ou de façon fractionnée. La sortie en rente viagère transforme le capital en versements réguliers jusqu'au décès, sécurisant un revenu complémentaire. Un souscripteur peut aussi panacher les deux formules selon ses besoins et sa situation fiscale à la retraite.
La sortie en capital est souvent privilégiée pour des projets ponctuels (achat immobilier en retraite, transmission patrimoniale). La rente convient mieux aux personnes qui anticipent une longévité importante ou qui souhaitent sécuriser leurs revenus sans gérer un capital. Le choix dépend également de la fiscalité attendue à la retraite : si le TMI est significativement plus bas qu'en activité (cas fréquent), la sortie en capital impose des montants plus faibles qu'en période d'activité, ce qui renforce l'avantage global du PER.
Les cas de déblocage anticipé du PER
Le PER est bloqué jusqu'à la retraite, sauf dans des cas légaux de déblocage anticipé. Le premier, et le plus utilisé, est l'acquisition de la résidence principale : les fonds du compartiment 1 (versements volontaires) peuvent être débloqués pour financer l'achat ou la construction de sa résidence principale. Les autres cas sont réservés aux accidents de la vie : invalidité (titulaire, conjoint ou enfant), décès du conjoint ou du partenaire de PACS, surendettement reconnu, expiration des droits aux allocations chômage. Ces déblocages ne sont pas fiscalement pénalisés.
La possibilité de déblocage pour acquisition de résidence principale distingue favorablement le PER de l'assurance-vie sur le plan de la liquidité en milieu de vie. Pour les primo-accédants qui hésitent entre alimenter leur épargne retraite et constituer un apport immobilier, le PER offre une flexibilité que n'avait pas le PERP. Cette caractéristique doit toutefois être pesée : débloquer l'épargne retraite avant terme réduit le capital final disponible à la retraite et peut annuler une partie des bénéfices de l'effet de capitalisation à long terme.
Questions fréquentes sur le PER
PER ou assurance-vie : lequel choisir ?
Les deux produits sont complémentaires et non exclusifs. L'assurance-vie est plus flexible (rachats à tout moment, fiscalité avantageuse après 8 ans) et ne cible pas spécifiquement la retraite. Le PER est moins liquide (blocage jusqu'à la retraite sauf exceptions) mais offre un avantage fiscal à l'entrée directement perceptible sur l'imposition de l'année du versement. Pour les contribuables très imposés, combiner les deux est souvent la stratégie optimale.
Le PER est-il transférable d'un établissement à un autre ?
Oui. La portabilité est une des avancées de la loi PACTE : tout PER peut être transféré vers un autre PER (individuel ou d'entreprise), quel que soit l'établissement gestionnaire. Le transfert est gratuit après 5 ans de détention. Avant 5 ans, des frais de transfert peuvent être appliqués (plafonnés à 1 % des droits acquis). Cette portabilité permet de regrouper tous ses avoirs retraite sur le PER aux meilleures conditions tarifaires.
Quel montant verser chaque mois sur un PER ?
Il n'y a pas de montant minimum légal, mais la logique d'optimisation fiscale suggère de verser en priorité jusqu'au plafond de déductibilité (10 % des revenus professionnels). Le montant mensuel optimal dépend de votre TMI, de votre horizon de retraite, de votre épargne de précaution disponible et de vos projets immobiliers. Un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) peut modéliser les scénarios selon votre situation personnelle. En pratique, les versements réguliers (mensuels) sont préférables aux versements annuels ponctuels pour lisser le risque de marché si le PER est investi en unités de compte.
Sources : Loi PACTE n°2019-486 du 22 mai 2019, Bofip, Impôts — PER déductibilité, Autorité des marchés financiers (AMF), guide PER, service-public.fr, fiche PER individuel